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ARAGON43

Mon site relate les événements syndicaux, sociaux, politiques, culturels et environnementaux .

Articles avec #communisme catégorie

UNE BELLE FETE DE L'HUMANITE ET DE L'IDEE COMMUNISTE

Publié le 18 Septembre 2017 par aragon 43 dans COMMUNISME

UNE BELLE FETE DE L’HUMANITE ET DE L’IDEE COMMUNISTE

Samedi, j’y suis allé, et j’ai passé un bon moment de  fraternité, de culture et de politique.

Certes le temps était tantôt frisquet, tantôt il nous réchauffait par un rayon de soleil, mais la fête rayonnait de bonheur et d’un désir de vraie unité face à un pouvoir libéral qui veut démolir tous les conquis sociaux sous la houlette de Macron, leur envoyé spécial.

Partout les militants communistes dans les stands s’affairaient pour recevoir le peuple, ce monde du travail que le patronat veut hacher et couper en mille morceaux pour mieux le dominer ;  bref  vers ceux et celles qui venaient passer un bon moment pour se sortir de la grisaille de ce monde actuel qui leur rend la vie si difficile.

J’ai participé à quelques rencontres débats, notamment à l’Agora avec l’historien Patrick Boucheron qui nous parlé d’une histoire de la France, pas celle que l’on m’a ingurgité quand j’étais gamin à travers les batailles entre monarques pour le plaisir d’agrandir leur pré-carré où encore pour régler leur compte et assurer la pérennité de leur lignée.

J’avais à l’esprit la révolution française et à ces personnages de notre histoire vraie qui l’ont faite. J’ai d’ailleurs acheté l’ouvrage de Hervé Leuwers intitulé "Robespierre" et je pensais aussi à ce parti communiste français issu de cet idéal révolutionnaire comme la chanson de Ferrat et il revenait à ma mémoire tous les résistants et déportés morts pour la France et pour leur idées communistes.

Oui la France s’est construite avec les migrations et  Patrick Boucheron, avec une remarquable explication sur les origines de la France à partir de la Grotte Chauvet – un art pariétal de plus de 30000ans -  et des peintures qui montrent ce que les hommes pouvaient déjà imaginer pour se sortir de leurs conditions. En fait,  Patrick Boucheron nous  amenait à voir l’histoire autrement, dans d’autres trajectoires que celles  dont on nous abreuve pour honorer les hommes au pouvoir, et pour saisir  les cheminements de nos ancêtres et comprendre comment l’homme, l’humain, la France ont émergé. Un discours qui bat la bêtise nationaliste, raciste, xénophobe.

Aussi le débat entre Philippe Martinez et le vice président du MEDEF sur la loi travail, un débat de grande hauteur de vue où les arguments s’entrechoquaient entre celui possesseur des richesses créées par les travailleurs et le syndicaliste représentant celles et ceux obligés de vendre leur force de travail et dont le vice président du Medef la voudrait à vil prix, soit disant pour sauver les emplois qu’il décapite chaque jour pour le profit..

La CGT était là dans son  rôle : la défense des intérêts des salariés et le patron, tout avenant qu'il était , essayait de faire belle figure mais n’avait que des arguments défensifs face à l’amoncellement de critiques de la part de salariés témoins déjà des remises en cause des droits du travail dans leurs entreprises par la loi El-Khomry.

D’autres débats m’ont aussi plu, notamment le dépassement du capitalisme avec des économistes marxistes et communistes et je me suis attardé à les écouter, eux qui portent des propositions fortes pour changer et dépasser ce système qui n’a que trop duré. Ils mériteraient une plus grande attention dans notre parti.

Au fil de mes ballades, malgré un mal de dos , j’observais tous ces hommes et femmes déambulant dans les allées et s’arrêtant devant les stands pour se restaurer, boire une bière, écouter de la musique, s’asseoir et écouter des arguments politiques qu’ils ne peuvent voir sur les chaines de télévision aux mains des hommes d’affaires.

Le communisme s’affichait en plein jour, et plus d’un, d’être surpris par des arguments qu’ils n’avaient pas ou plus l’habitude de percevoir dans cette foire médiatique télévisuelle où les batteurs d’estrade vendent leur camelote.

Plaisir aussi de voir ces communistes, mes camarades, jeunes ou moins jeunes, femmes et hommes, faire de la politique, expliquer le communisme aujourd’hui et  la nécessité de réunir le peuple de gauche interpelé par quelques prestidigitateurs entrain de préparer leur future posture pour les prochaines élections.

Alors le mot « communisme » sonnait comme un cri de ralliement face à ce monde individualisé et libéralisé, où l’homme ne devrait être qu’un jouet, un nombre et une girouette, s’abstenant de tout approfondissement pour comprendre le monde dans lequel il vit.

Alors, pendant trois jours, c’était la fête de l’humanité tout entière ;  dans les allées de l’internationalisme prolétarien – j’utilise ce mot plus que jamais nécessaire dans une lutte de classe qu’il faudra mener partout -  où se trouvaient nos camarades d’autres pays;  les luttes contre le système relataient que la bataille est intense et que l’adversaire de classe s’organise plus que jamais à ce niveau et que ce ne sont pas les parures et les entortillages (ni droite ni gauche) tels que Macron essaye de  mettre en place qui cachera cette réalité de l’exploitation féroce de l’homme par l’homme et des crimes capitalistes sur toute la Planète.

Le mot communisme était là, comme un mot que l’on affectionne, que l’on veut pour l’espoir et pour battre cette société d’aliénation et domination.

Alors, tant pis pour les absents à cette fête, la morgue ne l’a pas emportée et le communisme était à l’ordre du jour, il n’était pas le néant et la mort dans ce vaste rassemblement à plus de 500 000 personnes.

Le 12 septembre contre les ordonnances annonce déjà une suite pour le 21 ;  et puis il y a la Paix le 23 septembre auquel les communistes ne peuvent qu’être que les meilleurs protagonistes.

Oui, il y a toutes les raisons d’être communiste aujourd’hui.

Merci à ceux et celles qui ont mouillé la chemise pour cette belle fête de l’Humanité, mon journal, et je ne saurais terminer sans inviter mes lecteurs à aller voir le film  «  Le jeune Marx qui sortira sur les écrans le 27 septembre 2017.

Bernard LAMIRAND

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LEGISLATIVES : SOYONS NOUS MËMES ET POUR LE VOTE COMMUNISTE ET FRONT DE GAUCHE

Publié le 26 Mai 2017 par aragon 43 dans communisme

TOUS ET TOUTES MOBILISONS NOUS POUR LE VOTE COMMUNISTE ET FRONT DE GAUCHE AUX LEGISLATIVES

Nous aurons, nous communistes, à faire l’analyse de cette stratégie mi-figue mi-raisin qui nous a amené à une situation inextricable pour le peuple de gauche.

Le peuple de gauche, c’est le monde du travail dans toutes ses composantes et de ses différences idéologiques, sociologiques, issues des luttes et des conquêtes sociales. Un peuple de gauche qu’il faudra bien réconcilier sur des bases collectives et non autour d’un sauveur suprême.

Nous aurons l’occasion, en temps opportun, de dire ce que nous pensons profondément de ce que nous venons de vivre à ces présidentielles avec la France dite « insoumise » qui a décidé de prolonger cette bande à part pour les législatives.

Et que dire de ce discours comme quoi les partis politiques seraient dépassés et devraient faire place à des écuries appartenant à des hommes ou femmes providentiels. C’est ce que nous observons avec la France insoumise, la France en marche : deux appareillages pour la conquête « perso » du pouvoir.

Pour ces gens là fini les partis et vivent l’écurie personnelle.

La démocratie a de beaux jours avec ces batteurs d’estrade et leur concours de beauté.

Mélenchon a brisé cet élan collectif respectueux de ces composantes progressistes qui pouvaient vivre ensemble tout en étant eux- mêmes dans le Front de gauche.

Il a choisi de travailler à son compte, comme on dit, quand quelqu’un quitte le salariat pour devenir patron.

L’individu a certes fait un beau score aux présidentielles, il le doit encore une fois à la mobilisation des communistes qui l’ont soutenue envers et malgré tout dont on aura à examiner en son temps s’il était approprié ; c’était aussi par un vote de dépit d’une partie de cette classe ouvrière ne voyant plus d’issue après l’autre solo funèbre : celui de Hollande et du parti socialiste devenu un pantin désarticulé par la bataille des égos et de l’élite des énarques qui l’ont envahi depuis bien longtemps pour faire carrière et propager les idées libérales.

Nous aurons à faire le bilan de cet épisode électoral présidentiel et aussi de ces législatives et de considérer en tant que communistes et marxistes la façon dont nous avons dû supporter cela en mettant un mouchoir par-dessus. Une chose m’importe : c’est de déjouer le piège qui nous est tendu aussi bien par l’idéologie dominante qui ambitionne depuis tant d’années notre disparition mais aussi de ces faux amis-es qui pensent faire fortune électorale en misant sur notre disparition.

Nous allons les démentir.

J’ai vu plein de jeunes hommes et femmes qui ont au cœur l’idée communiste et qui se présentent pour les législatives, j’ai vu des hommes et femmes qui ne veulent plus mettre leur drapeau dans leur poche et qui, plein de courage, cherchent la voie communiste dont ils perçoivent qu’elle n’est pas au programme dans ces élections submergées par la propagande libérale et la mise au rancart de l’expression communiste dans les médias.

Ils sont notre devenir.

Ils ont été au cœur des luttes « des nuits debout » et de celles du mouvement syndical contre la loi El-Khomry.

Ils se battent pour les 32 heures, pour les salaires, pour l’égalité hommes femmes au travail et dans la vie, pour une vraie démocratie et une Europe progressiste et pour une Sécurité sociale universelle et des droits et libertés pour ce monde du travail dont il faut renouer avec l’internationalisme prolétarien plutôt que le repliement sur la France nationaliste pour mieux se défendre contre la mise en concurrence dont ils en sont les victimes comme tous ces hommes et ces femmes qui, dans le monde, veulent aussi vivre autrement que dans la misère et l’exode.

Mélenchon n’en a cure de cela … il veut assurer sa suprématie ….Lui et ces amis, anciens trotskistes, essaim qui a essaimé jusqu’à se faire un nid au PS avec son gourou Mitterrand, n’ont qu’un but déconstruire pour ne reconstruire qu’un monde à eux : celui de l’intolérance et le mépris des autres.

Alors, pour ces législatives, faisons en sorte que pour ces militants communistes qui se présentent au nom de ce parti qui a permis tant de conquêtes sociales en 1936, à la libération, en 1968 et qui a lutté pour les libertés , l’indépendance des peuples, contre le fascisme, d’être partout en tête des législatives.

Il faut un groupe communiste porteur des espoirs et des luttes du monde du travail dont on sait qu’elles seront la clé de voûte dans cette législature.

Alors pas une voix doit manquer au PCF et à ceux et celles qui rassemblent et qui viennent d’autres horizons de la gauche transformatrice à ces élections législatives.

C’est nécessaire pour conforter la vraie unité de tous les progressistes à égalité de droit et de devoir.

Bernard LAMIRAND

 

 

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UNE ANALYSE A MEDITER Article paru dans l'Humanité

Publié le 13 Mai 2017 par aragon 43 dans communisme, DESSIN

Guido Liguori, philosophe spécialiste d’Antonio Gramsci, est l’auteur de Qui a tué le Parti communiste italien ? Loin de s’attacher aux seuls débats de 1989, il s’efforce de dévoiler les racines intellectuelles et philosophiques de la décision de dissoudre le Parti communiste italien, le plus influent en Occident, pour créer le Parti démocrate de gauche.

Quelles sont les raisons principales 
de la dissolution du Parti communiste italien (PCI) ?

Guido Liguori. On trouve plusieurs ­raisons, mais il en existe une de fond. Le PCI était depuis longtemps devenu une fédération de partis, tenus ensemble par une histoire, une tradition. Mais ses composantes s’éloignaient de plus en plus l’une de l’autre. L’initiative du secrétaire du PCI, Achille ­Occhetto, de proposer un changement de nom du parti (le 12 novembre 1989 – NDLR) a redistribué les cartes. Il a pu compter sur deux courants au sein du groupe dirigeant. Le sien (le centre qui dirige le parti – NDLR) et la droite du parti, qu’on appelle les « miglioristes », dont vient l’actuel président de la République, Giorgio Napolitano, et qui était depuis longtemps ­favorable à la transformation du PCI en une force sociale-démocrate. Une autre partie du groupe dirigeant envisageait la transformation du PCI, mais pas en un parti social-démocrate et n’était donc pas d’accord avec les « miglioristes ». Mais ils se sentaient à l’étroit, jugeaient dépassés la tradition, l’idée, le nom de communiste.

Qui donc ?

Guido Liguori. Une partie de l’entourage d’Achille Occhetto qui vient de la gauche du parti. Il plonge ses racines dans « l’ingraïsme » (l’aile gauche mouvementiste du PCI qui se référait à Pietro Ingrao – NDLR) et qui était sous l’influence de l’idée d’une modernisation de la société et de la lutte défendue à l’époque par le quotidien la Repubblica. Si le changement a été permis, c’est par l’initiative d’Achille ­Occhetto, inattendue pour le groupe dirigeant. Si la base a suivi, c’est que l’état d’esprit est : « Si le secrétaire fait quelque chose, c’est qu’il sait pourquoi, c’est pour tromper l’ennemi, même si je ne le comprends pas moi-même. » Si la veille de la proposition, on avait demandé l’avis des militants, 90 % auraient refusé une telle perspective.

Dans votre essai, vous citez plusieurs personnes pour qui, dans la pratique, le PCI n’était plus communiste. Quel est votre avis ?

Guido Liguori. C’était un parti communiste. Pour être plus précis, pour beaucoup de composantes, c’était encore un parti communiste. Nombreux sont ceux qui n’auraient jamais eu l’idée de changer le nom du PCI si Achille Occhetto n’en avait fait la proposition. Parmi ceux-là, Massimo D’Alema (qui deviendra chef de gouvernement entre 1998 et 2000 – NDLR). Ce dernier était l’un des plus intelligents défenseurs de l’héritage de Palmiro Togliatti (l’ancien secrétaire du PCI entre 1938 et 1964 – NDLR). Au cours de l’été 1989, il était encore de ceux qui polémiquaient contre ceux qui proposaient, déjà alors, de changer le nom du parti. Mais en novembre, il change d’avis. Pourquoi ? Parce que c’est le secrétaire qui a fait la proposition. Dans un entretien, il résume bien la mentalité communiste. Il estime que, pour guider un ­autobus déjà en marche, il faut monter dedans et essayer d’en fixer la direction. C’est naturellement une illusion.

Il est utile de rappeler qu’à l’époque Mikhaïl Gorbatchev dirigeait encore l’Union des ­Républiques socialistes soviétiques (URSS) et se disait « élève » du communiste italien. ­Personne ne pouvait alors imaginer que, deux ans plus tard, l’URSS n’existerait plus, ni ­envisager que la nouvelle force politique créée par le PCI s’éloignerait toujours davantage de celui-ci, voire de la gauche.

Vous indiquez que des secteurs toujours 
plus importants du PCI, et jusque dans 
les sommets du parti, ont fait leur culture politique différente de celle du communisme. Avec plus de 20 % des suffrages, le PCI occupait un espace politique plus important que ceux de ses homologues européens. 
Quand on est si grand, est-ce possible de se prémunir de l’influence sociale-démocrate ?

Guido Liguori. La culture politique du PCI ­provient d’Antonio Gramsci et Togliatti. Dès les années 1920 et 1930, le concept de révolution est redéfini. Il prend en compte la différence entre sociétés arriérées comme la Russie et sociétés capitalistes avancées et complexes, où la ­révolution a failli. En prison, Gramsci envisage la révolution comme un processus et non comme une prise du palais d’Hiver. Ce concept, repris par Togliatti à la fin du stalinisme dans les années 1950 et 1960, cherche à dépasser la division au sein du mouvement ouvrier entre réformistes et révolutionnaires. Togliatti propose des « réformes de structures », c’est-à-dire qu’avec des changements partiels, s’accumulent des forces et se déterminent des situations qui vont dans le sens du socialisme. C’est, selon moi, la raison pour laquelle le Parti communiste italien occupe dans la société italienne un espace aussi important. Il dépasse, en les maintenant ensemble, les traditions ­réformistes et révolutionnaires, mais pas dans un sens ­social-démocrate.

N’y a-t-il pas un risque, quand on maintient cette contradiction entre réformistes et révolutionnaires en son sein de faire entrer dans ses rangs des gens qui, autrement, seraient au PS ?

Guido Liguori. Le risque existe toujours. La ­question est : qui dirige le processus ? Quelle est la culture hégémonique au sein du parti ? Le jeu était beaucoup plus sûr tant qu’il y avait une référence obligée à l’alliance avec l’URSS. Car cette dernière permettait d’opérer n’importe quel jeu tactique de droite tout en maintenant une physionomie communiste. Telle était la façon de faire de Giorgio Amendola, de la droite du parti, qui était profondément ­philosoviétique et a même soutenu l’intervention en Afghanistan.

À partir des années 1970, de nouvelles demandes sont adressées aux partis de gauche. Le PCI en tient compte. Vous constatez qu’Occhetto donne une nouvelle définition de l’égalité en reprenant la théorie de John Rawls sur l’égalité des chances. Les droits sont mis en avant. Vous êtes très critique face à cette évolution, car elle ferait disparaître la lutte des classes. N’y avait-il pas le risque que le PCI reste à côté de ce qui se passe dans la société, s’il ne prenait en compte ces questions ? Le thème de la méritocratie mobilise beaucoup les jeunes Italiens qui ont fait des études aujourd’hui.

Guido Liguori. Pour moi qui suis gramscien, 
la bataille des idées est extrêmement importante. Dans une grande partie du groupe ­dirigeant communiste, mais aussi chez les ­intellectuels de référence, les idées de la tradition communiste ont toujours plus été relativisées en faveur de nouvelles traditions culturelles. Sur certaines questions, comme le féminisme, l’environnementalisme, cet ajustement était nécessaire. Mais dans d’autres, ­certaines idées ne sont intéressantes qu’articulées à la lutte de classes. Si elles se substituent à cette dernière, cela change la nature du parti et du groupe ­dirigeant. C’était le signe d’une culture ­politique diverse, qualifiée en Italie de libérale-socialiste.

Vous parlez des droits. D’un point de vue politique, il est juste d’intervenir sur cette question, de défendre la démocratie, les conditions minimales de vie des travailleurs. Mais le problème théorique est qu’il y a des droits différents. Il y a les droits qui relèvent des libertés, qui sont justes et doivent être préservés. Il y a les droits sociaux, qui relèvent de la social-démocratie classique : droit au travail, au logement, à la santé, etc. Et défendre ces derniers devient risqué quand est perdue la référence à la lutte de classes. Car quel est le fondement de ces droits ? Pour un catholique, il provient du fait que l’on est tous fils de Dieu. Qu’en est-il pour qui n’est pas catholique ? Les droits ne reposent sur aucun fondement, ils sont sujets aux rapports de forces sans lesquels ils n’ont aucun effet. En outre, qui est le sujet de ces droits dans de tels discours ? À la place de la lutte de classes succède un discours culturel et théorique sur l’individu.

Concernant l’égalité des chances, c’est une théorie libérale de gauche, mais très différente de la tradition socialiste. Car cette théorie dit que tout le monde a le droit de devenir manager, sans toutefois rien critiquer du fait que ce dernier peut gagner beaucoup plus que les autres. La théorie de l’égalité des chances envisage une société comme une piste de 100 mètres que tout le monde a le droit de parcourir en moins de dix secondes. Elle oublie que si certains obtiennent des positions, c’est au détriment des autres.

Vous faites allusion au fait que lorsque le secrétaire du PCI de 1972 à 1984, Enrico Berlinguer, a ouvert le parti à de nouvelles questions, avec un succès qui ne s’est pas démenti dans les urnes, il n’y a pas eu de réelle nouvelle définition de ce qu’est le nouveau communisme. Cela a été important pour la suite ?

Guido Liguori. En effet, il y a eu un déficit de conscience théorique. Cela a permis à la droite du parti d’utiliser certaines évolutions ­nécessaires de la période berlinguérienne pour renverser la ligne et l’identité du parti. Ce manque de prise en compte de la dimension théorique remonte à la période de Togliatti. Le primat a été donné à la politique. La théorie était implicite. Car ne pas l’expliciter accordait plus d’espace au jeu tactique.

Certains maux de la République italienne d’aujourd’hui, à savoir des « partis légers », l’exécutif fort qui remplace la participation de masse, ne viennent pas que de Silvio Berlusconi. Comment ces idées ont-elles fait leur chemin, jusque dans le PCI ?

Guido Liguori. On a observé une reddition des dirigeants communistes au processus d’américanisation de la politique dans les années 1980, sous l’influence des télévisions berlusconiennes, qui a conduit à une personnalisation de la politique, à une plus forte délégation, et à une politique de l’image. Cela correspondait à une évolution de la société. Il fallait à l’époque voir si cette évolution devait être combattue, ou s’il fallait au contraire l’utiliser. Or Achille Occhetto et ses proches étaient convaincus de leur rôle : s’adapter aux processus de modernisation de la politique et de la société. Le mot clé d’Occhetto dans son opération de changement de nom a été « nouveau ». Son idéologie a été nommée : « novisme ».

D’où vient le renoncement du PCI à imposer une hégémonie culturelle dans le pays ?

Guido Liguori. Il date d’après la mort d’Enrico Berlinguer en 1984. Dans les années 1970, on observe l’entrée dans le PCI de nombreux cadres qui viennent des générations qui ont fait 1968 et ont participé au mouvement étudiant. Cela a changé le parti. Car 68 semblait demander le communisme, en réalité, il réclamait la modernité, dont l’Italie avait fort besoin. C’était juste, mais c’était une pensée individualiste très lointaine de la tradition et des idéaux communistes. Cela a créé les préconditions pour les changements des années 1980. Le personnel politique qui arrive après 1968 est surtout attentif au processus de modernisation. Tant que Berlinguer était là, le mélange avec la culture communiste a réussi. Mais ensuite, quand le PCI a connu ses défaites électorales, il y a eu un changement d’avis et ont crû, dans le parti, les cultures non communistes. Et ce d’autant plus que la culture libérale-socialiste, avec ses appareils hégémoniques (ses fondations, ses journaux comme la Repubblica), ses liens internationaux, a engagé une critique méthodique de tous les piliers de la culture communiste, gramscienne et léniniste dans les années 1970.

Outre les partis communistes, que reste-t-il de l’histoire et de l’influence du PCI en Italie ?

Guido Liguori. Il existe cette idée de réunir tous les cercles « Enrico Berlinguer » d’Italie, qui sont des associations culturelles et parapolitiques, souvent gérées par des militants inscrits à aucun parti. Il y a cette tentative de faire naître une association pour la défense de l’histoire du PCI. Et l’an dernier, une très grande exposition, « Avanti popolo », consacrée à l’histoire du PCI, a enregistré un formidable succès. Dans la société italienne, il existe encore des milliers de militants qui, après la fin du PCI, ne se sont inscrits nulle part. C’est le cas de la majorité des anciens adhérents du PCI. Ils auraient envie d’être agrégés dans une force de gauche. L’idée d’un communisme démocratique est encore vivante dans la société italienne.

Qui a tué le PC italien ? Dans Qui a tué le Parti communiste italien ?, Guido Liguori décrit les dernières années du plus grand PC d’Occident, en prenant le parti de l’examen de ses évolutions idéologiques et théoriques. Dans ce portrait, on découvre les travers de l’Italie depuis les années 1980, comme la personnalisation de la vie politique. On constate le poids de l’idéologie « moderne » de « gouvernance » jusque dans le PCI : un exécutif aux pouvoirs renforcés 
par rapport au Parlement prend le pas sur la démocratie et son corollaire, la participation populaire. Cette 
vision empoisonne la réforme institutionnelle depuis 1990. L’ouvrage pose d’autres questions. Comment 
le communisme peut-il – et c’est nécessaire ! – intégrer des thématiques nouvelles, sans y perdre son âme : égalité des chances, exigence de droits. On regrettera la préface, qui se livre à des parallèles hasardeux entre les évolutions du PCI et du PCF. On appréciera les derniers chapitres qui détaillent les débats et les difficultés de ceux qui tentent de sauver le communisme dans la Péninsule. Qui a tué le Parti communiste italien ? Guido Liguori, traduit 
de l’italien par Anthony Crezegut, Aymeric Monville, Éditions Delga, 2011, 13,20 euros.

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UN MONDE MALADE QU'IL FAUT TRANSFORMER D'URGENCE

Publié le 2 Février 2017 par aragon 43 dans communisme

DANS QUEL MONDE VIVONS-NOUS ?

Le monde dans lequel nous vivons est en plein branle-bas.

Marx nous inviterai sûrement à nous plonger dans ce réel et le comprendre, comme il a essayé de le saisir et de nous l’expliquer à son époque.

Certes, ce n’est pas facile de tout saisir ce qui se passe et se trame… Cependant, la célèbre citation de Gramsci, dans sa prison mussolinienne, nous le dit : « La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés ».

Jamais le capitalisme n’a été aussi destructeur dans sa marche mortifère depuis la seconde guerre mondiale : destruction de l’humain, de toute sociabilité, d’esprit fraternel, de valeurs, de solidarité etc.

Mortifère oui ! Ce qui se déroule en ce moment sur la planète est malheureusement le fruit d’un capitalisme ravageur, violent, d’une élite de fripouilles prête à tout pour le veau d’or.

Aux Etats-Unis par exemple : là, les rapports de domination s’exaspèrent et les requins sont à l’œuvre. Il est saisissant de voir la première puissance mondiale, jalouse de son statut hégémonique, agir comme elle le fait en ce moment pour garder toutes ses prérogatives face des concurrents qui montent en ligne pour lui damer le pion. Dans ce sens nous assistons à une bataille de position des grandes multinationales qui dominent le monde et fragilisent les Etats nations.

La crise est donc profonde, ce système est aux abois particulièrement pour assurer l’hégémonie américaine. Trump, nouveau président des Etats-Unis, des barrages, des murs, des protections. Il est pris dans une contradiction de fond quand on sait la place qu’a insufflé et développé le libéralisme sous Reagan ; un libéralisme débridé, mondialiste, concurrentiel, destructeur de main d’œuvre pour le profit maximal, et un internationalisme financier décidant de tout. En être arrivé à revenir sur cette stratégie, cette concurrence libre et non faussée selon l’expression de la Communauté Européenne, préconiser la fermeture des frontières tant dans le domaine du commerce, de la production et de la circulation des richesses créées, tout cela montre bien l’étendue de la crise en cours et des dégâts qu’elle a déjà fait mais aussi la circonspection des élites dirigeantes de ce pays pris dans leur contradiction face à leur grenadier voltigeur Trump.

Des dommages, surtout humains et le monde vit sous la férule d’une exploitation de l’homme par l’homme comme jamais et l’on parle même d’un esclavage nouveau entrainant l’humain à ne plus être qu’un robot au travail et en concurrence de plus en plus avec celui-ci.

Ce capitalisme, en se refermant sur lui-même, tente en fait de retarder ou d’empêcher la montée des peuples qui veulent le progrès et le développement mais qui ne trouvent pas encore le chemin d’une nouvelle montée en puissance et leur unité pour combattre ce capitalisme partout dans le monde avec des organisations syndicales à la hauteur de cet enjeu et qui doivent forcément se retransformer pour non seulement combattre les effets de la crise mais faire prendre conscience que les luttes sont plus que jamais indispensables et que les petits arrangements ne suffisent plus .

Ainsi le capitalisme utilise toutes les facettes de sa dictature pour forcer les peuples à se résigner.

Il utilise toutes les cordes à son arc en jouant tant sur des forces conservatrices, réformistes si nécessaire, ainsi que sur les éléments nationalistes et fascistes qui se développent actuellement en Europe, mais aussi aux Etats-Unis en remettant en selle des mouvements religieux comme les pentecôtistes pour trouver des parades pour que rien ne change.

Les peuples en souffrent et nous pouvons le constater chaque jour à travers la remise en cause des droits sociaux ou encore des populations réfugiées avec les guerres qui s’allument partout dans le monde.

Dire cela, c’est faire le constat d’un réel qu’il faut affronter pour développer une alternative qui amène les peuples à se poser la question d’un autre monde que celui qui nous dirige actuellement.

Les prédicateurs que nous voyions dans les médias n’abordent pas cette vraie question de l’alternative au capitalisme, c’est à dire le communisme.

Je dirai que c’est comme un trou béant : le terme communisme serait-il interdit !

Quelque chose que l’on ne pourrait plus prononcer !

Observons en France : aucun des candidats à la recherche de la posture suprême ne pose fondamentalement la question de remettre en cause littéralement ce système sinon que pour simplement lui caresser un peu les côtes pour faire bonne impression lors d’une campagne électorale.

Le combat de classe ne trouve aucun accent évidemment chez ces faiseurs de bonheur ou ces oiseaux de mauvais augures qui peuplent les tribunes et les écrans.

Alors n’est-il pas inconséquent d’en rester là et surtout de masquer cette seule et unique alternative au capitalisme : le communisme…. Osons à nouveau prononcer ce mot car le capitalisme n’est pas l’horizon indépassable ou la fin de l’histoire.

Il y a vraiment besoin dans ce monde tourmenté que les idées de Marx reprennent le dessus sur tous les petits « apothicaires » ou les rebouteux qui sont à son chevet.

Oui, il manque vraiment une parole forte communiste en ces moments de crise et de danger pour l’humain.

Mais tout est possible avec ce que nous avons vu en 2016 avec « les nuits debout » et surtout la formidable mobilisation du monde du travail concernant la loi El-Khomry. L’histoire s’écrit chaque jour et qui peut dire qu’un vaste mouvement du monde ne viendra pas balayer tous ces miasmes actuels.

Les communistes doivent en prendre le flambeau et être eux-mêmes.

Bernard LAMIRAND

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PCF : LE BLOG DE DESCARTES UNE ANALYSE QUE JE PARTAGE

Publié le 7 Novembre 2016 par aragon 43 dans communisme

"pro rege saepe, pro patria semper"

Le blog de descartes

 

 

Publié le par Descartes

Pour commencer ce papier, je dois dire combien, en suivant sur la toile les débats de la Conférence nationale du PCF du 5 novembre j’ai senti la fierté d’avoir été adhérent du Parti, fier de venir de cette tradition, d’y avoir été formé. On peut être en désaccord avec l’orientation actuelle du PCF, on peut critiquer la médiocrité de sa direction, le pouvoir excessif des « notables », et je ne m’en suis pas privé ces dernières années. Mais il faut reconnaître qu’avec ses immenses défauts, le PCF reste une organisation politique où l’on trouve une véritable fraternité entre les militants ; où le débat rationnel, sérieux, transparent et franc reste possible ; où les questions d’égos et d’ambitions personnelles – qui existent, comme dans n’importe quelle autre communauté humaine – restent  au second plan ; où les procédures sont connues et respectées par tous – direction incluse ; où les directions se soumettent au vote et restent légitimes même si leurs propositions sont battues ; ou les vote ne fait ni vainqueurs, ni vaincus. Combien de partis politiques, combien d’organisations peuvent aujourd’hui en dire autant ?

 

Oui, ce fut un beau débat, et j’encourage ceux qui s’y intéressent à regarder les enregistrements mis en ligne sur le site du PCF. Contrairement à ce que retiennent beaucoup de commentateurs, ce débat ne s’est pas limité à un choix « Mélenchon or not Mélenchon ». Car si sur ce point la Conférence était clairement divisée, sur beaucoup d’autres points elle était quasi unanime, et ces points méritent autant d’être signalés que la division finale.

 

D’abord, et c’est je pense très important, il y a eu consensus pour rejeter les choix politiques faits par Mélenchon. Ceux qui plaidaient pour le soutien comme leurs adversaires étaient au moins d’accord sur ce point : le soutien à la « France Insoumise » n’est pas une perspective enthousiasmante, tout au plus un pis-aller. Même les défenseurs de l’option « soutien à Mélenchon » ne trouvaient guère d’autre argument que négatif : « si nous refusons notre soutien, nos électeurs ne comprendront pas notre choix » ; « si nous ne participons pas, ça se fera contre nous », et ainsi de suite. De toute évidence, la perspective de s’embarquer avec Mélenchon n’enthousiasme personne.

 

Ensuite, et c’est là encore important, il y eut unanimité pour rejeter la « Charte » que la « France Insoumise » - c'est-à-dire Mélenchon, ne nous voilons pas la face – veut imposer aux candidats aux législatives comme condition d’investiture. Le PCF se met donc en ordre de bataille pour initier dès maintenant le processus de sélection des candidats qu’il soutiendra en dehors de la « France Insoumise » et en pleine conscience que celle-ci pourrait leur opposer ses propres candidats.

 

Enfin, un large consensus se fait sur l’analyse de la posture de Mélenchon lui-même, de sa volonté de faire table rase dans la gauche radicale et de détruire le PCF. Je pense que les propos de Mélenchon lui-même et de ses porte-flingue, mais aussi ceux qu’il permet ses partisans de tenir sur son blog sans réagir ont fini par ouvrir les yeux de pas mal de communistes. Par ses diatribes, Mélenchon a réussi à grouper autour de lui l’extrême gauche la plus anticommuniste. Ca risque de lui coûter très cher.

 

Mais venons maintenant au point de désaccord. Je ne suis pas suspect d’avoir une quelconque mansuétude pour Pierre Laurent, mais dans la circonstance on doit le féliciter : il aurait pu « faire pèter le galon », user de son autorité, dramatiser le débat. Il ne l’a pas fait, présentant sa position avec une parfaite honnêteté et créant les conditions d’un débat ouvert. Et le débat eut lieu. D’un côté, le plaidoyer de ceux favorables au soutien à Mélenchon – qu’il serait inexact de qualifier de « pro-Mélenchon » comme le font certains commentateurs, puisque leur soutien était souvent très critique – fondé sur la difficulté d’expliquer à l’opinion une posture de division de contrer la « dynamique » de la « France Insoumise », et sur l’utilité de mener de l’intérieur une campagne « indépendante » plutôt que de chercher à agir de l’extérieur. D’un autre côté, la position contraire, fondée grosso modo sur les arguments que j’avais explicité dans ma « lettre ouverte à mes anciens camarades » sur ce blog : l’inutilité d’une organisation qui n’aurait rien à dire ni sur le choix du candidat, ni sur le programme, ni sur les thèmes de campagne. Le refus par Mélenchon de toute discussion, de toute négociation, de toute procédure démocratique a été signalé, tout comme sa volonté de mettre sous contrôle les élus parlementaires. On a pu aussi entendre des arguments courageux réfutant l’idée que puisque l’électorat communiste allait plutôt vers Mélenchon il faillait le suivre, et soulignant le fait qu’un parti communiste doit éduquer son électorat, et non le suivre.

 

Et après le débat, un vote sans cris et sans larmes, et un secrétaire national qui annonce en toute tranquillité l’adoption d’une position qui n’était pas la sienne sans que cela soit vécu comme un affront. Le contraste est d’autant plus cruel que le débat portait sur le soutien ou non à un mouvement qui est, lui, d’une verticalité absolue et où il est impossible et même impensable que le leader – autoproclamé, bien entendu – puisse être contredit par une procédure démocratique…

 

Ce caractère « vertical » vient de recevoir un cadre théorique qui permet peut-être mieux de comprendre sa logique, et donne raison à ceux qui pensent que le PCF n’a rien à faire dans cette galère. Je ne peux que conseiller la lecture du papier publié par Jean-Luc Mélenchon sur son blog sous le titre « Le Peuple et le « mouvement » » (1). Dans ce texte, par ailleurs très confus, on trouve un éclairage de la conception que Mélenchon peut avoir de l’action et de l’organisation politique. Cet éclairage permet de comprendre que le caractère « vertical » de la « France Insoumise » ne tient pas à une nécessité temporaire, mais que c’est au contraire un élément essentiel de la vision politique de son créateur.

 

Pour commencer, Mélenchon élimine l’idée même de « classe sociale », qu’il juge dépassée :

 

« Au siècle où les humains n’étaient « que » deux milliards, il y avait le « parti de classe ». Il était nécessairement aussi délimité que l’était « la classe » elle-même dans une société où elle n’était nullement hégémonique. En fait, les ouvriers constituaient une sorte d’archipel dans un océan de paysannerie et de travailleurs indépendants de la boutique et de l’artisanat. Sa verticalité correspondait à une organisation du travail lui-même. La centralisation découlait des moyens de transports et de communication autant que comme reflet de la centralisation de son adversaire. Bref, le « parti de classe » correspondait à une réalité sociale et matérielle qui s’est elle-même dépassée de toutes les façons possibles. L’émergence du « peuple » comme catégorie sociale protagoniste face à l’oligarchie de la période du capitalisme financiarisé dominant appelle sa forme spécifique d’organisation. »

 

Exit donc la « classe » - c'est-à-dire le groupe humain occupant une même position dans le mode de production et donc ayant de ce fait un intérêt commun qui pousse ses membres à des comportements homogènes sans que soit besoin une coordination – et place au « peuple ». Mais comment définir ce « peuple » qui fait face à « l’oligarchie » ? Est-ce sur un critère de revenu ? De patrimoine ? De sociologie ? De modes de consommation ?

 

Le concept de « classe » - qui est l’une des contributions essentielles du marxisme à la pensée politique du XIXème siècle – a l’avantage de constituer une catégorie sociale comme acteur à la fois économique, social et politique en faisant le lien entre la position économique et le système de représentation – c'est-à-dire l’idéologie – et donc les comportements. Le « peuple », qui pour Mélenchon inclut le soudeur et l’avocat, la caissière et le professeur, le petit patron et l’ouvrier agricole, n’a aucune raison de constituer un groupe homogène du point de vue des comportements, puisqu’il est constitué de gens qui ont des intérêts différents et souvent antagoniques. Ce discours a en fait un autre but : le « peuple » façon Mélenchon incarne le rêve des « classes moyennes » d’une alliance avec les couches populaires dont elle prendrait, bien évidement, la tête. Le « protagonisme » de la classe ouvrière cantonnait les « classes moyennes » au mieux dans les seconds rôles, au pire dans le camp des exploiteurs. Le « peuple » permet au contraire aux « classes moyennes » d’évacuer le rôle singulier de la classe ouvrière pour se l’approprier…

 

Cette « evacuation » de la classe ouvrière n’est pas nouvelle. Cela fait trente ans que les « classes moyennes » ont essayé différents substituts : immigrés, SDF, « minorités »… Toute sorte de groupes qui avaient un point en commun : n’ayant pas de représentation politique pour faire entendre leur voix, il était facile pour les classes moyennes de parler en leur nom et à leur place. Mélenchon, va un pas plus loin. Plutôt que de chercher un substitut pour parler à sa place, il fabrique au contraire un substitut englobant. Plus besoin de parler « au nom » de l’opprimé puisqu’on s’insère soi-même dans le groupe opprimé. Mais le but est le même, et maintenant il est même théorisé : la « classe » est morte, vive le « peuple ». Bobos germanopratins et chômeurs d’Hénin-Beaumont, tous unis contre « l’oligarchie »…

 

Mais poursuivons. Puisque la « classe » n’est plus, place à une nouvelle forme d’organisation correspondant à « l’ère du peuple » :

 

« Cette forme, c’est le « mouvement ». Il peut disposer des moyens d’être représentatif de cet ensemble globalisant qu’est le peuple en réseau de notre époque. Et cela, sur le plan matériel et concret grâce aux moyens techniques des plateformes numérisées internet. (…) De la sorte, on trouve trois niveaux de définition du peuple. D’abord la multitude, homo urbanus, c’est-à-dire la population vaquant à ses mille et une occupations diverses et parfois opposées. Ensuite le peuple se mettant en mouvement sur ses revendications. Enfin le réseau qu’il constitue dans, par et pour l’action. Ces trois mots désignent trois états d’une même réalité. »

 

Laissons de côté cette énigmatique « population vaquant à ses mille et une occupation diverses et parfois opposées » (c’est quoi, des « occupations opposées » ?) et allons au fond : On voit à quel point la définition du « peuple » est vague. Mais surtout, le peuple « se met en mouvement » pour ses revendications. Il « se constitue » des réseaux dans, par et pour l’action. Le « mouvement » est donc un processus spontané, qui surgit du « peuple » sans médiation. Mais comment se déclenche-t-il ? C’est là que ça devient intéressant :

 

« C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre une bonne partie de ce qui nous oppose à d’autres composantes en ce moment. « La France insoumise » n’est pas un parti parmi les autres. C’est un label commun pour une action commune. (…). Par exemple certains font des « appels » (par exemple « l’appel des cents ») qui portent un nom de référence que chacun cite chaque fois quels que soient son origine politique ou ses raisons d’être là quand il veut se référer à l’action. Il en va de même avec « La France insoumise ». Évidemment, ce label désigne l’action commune sur un objectif très ample : porter une candidature à l’élection présidentielle et avec elle un programme pour transformer le pays. »

 

Historiquement, les partis politiques ouvriers ont été d’abord des structures d’éducation et d’élaboration. Car avant « d’agir », il faut savoir dans quel but on agit. Les partis ouvriers se donnaient pour objectif la prise de conscience par les masses opprimées que leur condition n’était pas fatale, et d’élaborer des politiques alternatives et des objectifs. L’action n’apparaissait que comme un outil de prise de conscience d’abord, d’avancement de ces politiques ensuite, pour atteindre ces objectifs. La vision « mouvementiste » de Mélenchon renverse les termes : l’organisation n’a plus qu’un seul but, l’action. Les objectifs de l’action ? Ils viennent d’ailleurs, par génération spontanée – ou peut être par le génie d’un homme providentiel… ?  L’exemple de la « pétition » est de ce point de vue très révélateur, parce que dans la logique de la pétition il y a une hiérarchie entre celui qui la rédige et celui qui la signe. Celui qui la rédige exprime un projet, une revendication, un objectif. Celui qui la signe n’a qu’un choix binaire : signer ou pas. Il ne peut rien négocier, rien modifier. Mélenchon projette bien cette asymétrie dans sa vision de la « France Insoumise » : l’objectif du mouvement est de porter « une candidature » - en fait sa candidature – et « un programme » - en fait, son programme. Les « insoumis » ont, comme dans le cas de la pétition, le choix de signer ou pas signer. Mais il n’y a rien à discuter.

 

La logique « mouvementiste » de Mélenchon rejoint donc ce que j’avais appelé dans un ancien papier la « logique du supermarché » : le militant d’un « mouvement » n’est plus partie d’un processus de réflexion et de construction du projet qu’il va ensuite défendre, comme c’est le cas dans un parti politique. Il est au contraire comme le client du supermarché : il peut choisir entre dix marques de bouillon qui a chacun sa recette, mais n’a aucun pouvoir sur les recettes qui lui sont offertes. Tout au plus il peut espérer que les services marketing du fabriquant soient à son écoute et daignent peut-être – à condition que cela soit profitable pour le fournisseur – de fabriquer le bouillon dont il a envie.

 

Parler de « processus démocratique » dans un « mouvement » ainsi conçu a donc autant de sens que parler de « démocratie » parmi les signataires à qui on propose une pétition ou parmi les clients du supermarché. Celui qui aime l’un des bouillons qui lui sont proposés, le prend. Celui qui n’en aime aucun, tant pis pour lui. Celui qui a envie signe, celui qui n’a pas envie ne signe pas. Et Mélenchon assume cette logique :

 

« Et de cela je ne tire encore qu’une conclusion : rien des attributions d’un parti n’a de place dans un mouvement de cette sorte. Les volontaires y entrent et sortent librement. Chaque personne définit elle-même la forme et l’intensité de son engagement dans l’action et les modalités de celle-ci. Le mouvement n’a pas à être « démocratique » au sens basiste que souvent on donne à ce mot dans les organisations politiques où l’on doit alors affronter le climat de confrontation des courants et des textes qui les fondent avec les votes contradictoires, et pour finir des gagnants et des perdants. »

 

Mais si dans un parti il y a des « affrontements de textes », des « votes » c’est parce qu’il y a un processus d’élaboration dans lequel plusieurs conceptions s’affrontent pour aboutir à un compromis qui s’imposera à tous. Et, comme le montre le vote de la Conférence nationale du PCF, il n’est pas nécessaire qu’il y ait « des perdants et des gagnants ».

 

Dans son « mouvement », Mélenchon évacue ces conflits sous une forme différente, celle de la fausse unanimité : le seul « texte », c’est lui qui l’écrit. Et celui qui n’est pas content n’a qu’à refuser de « signer la pétition », autrement dit, à partir. Les volontaires ont la liberté de « entrer et sortir librement », de définir librement la forme, les modalités et l’intensité de leur engagement. La seule chose qu’ils ne sont pas libres de définir, ce sont les objectifs de celui-ci. Ces objectifs ont été définis par quelqu’un d’autre, par l’auteur de la « pétition », par le fabriquant du bouillon. Ils ne sont pas soumis à examen, à discussion, à amendement. S’ils ne les acceptent pas, les volontaires en question n’ont qu’à aller ailleurs chercher une meilleure offre.

 

La logique que Mélenchon décrit est celle du ralliement individuel plutôt que de la discussion et du compromis collectif obtenu par le débat et les concessions réciproques. Imaginons que sa vision  « mouvementiste » devait se généraliser : au lieu d’avoir des partis politiques pour élaborer des positions communes à leurs militants, on assisterait à une multiplication de « auteurs de pétition » comme lui, chacun proposant sa vision, son projet, sa candidature au chaland, qui choisirait alors le produit qui s’ajuste le mieux à ses envies. C’est le triomphe de la logique du supermarché politique, avec des candidats et des projets vendus comme des produits.

 

Heureusement qu’il reste encore quelques villages gaulois, où l’on continue à discuter, ou l’on se fout sur la gueule… mais où in fine on trouve des compromis acceptables…

 

Descartes

 

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MELENCHON LE POPULISME ET LA LUTTE DE CLASSE

Publié le 31 Octobre 2016 par aragon 43 dans COMMUNISME

LA PENSEEMELENCHON LE POPULISME ET LA LUTTE DE CLASSE

Je viens de lire, dans l’Humanité de ce jour, un article qui m’éclaire un peu plus encore sur la démarche de cette « France insoumise » sous la houlette de Jean Luc Mélenchon.

Cet écrit éclaire sa démarche et l’auteur de l’article souligne que Mélenchon rompt avec les pratiques de gauche à travers un débat avec la philosophe Chantal Mouffe qui travaille sur le populisme.

Rompre mais pour quelle pratique nouvelle ? La question mérite éclaircissements et les prescriptions apportées par le candidat Mélenchon sont évocatrices.

Au cœur de cette discussion, on peut discerner qu’elle est l’importance que Jean Luc Mélenchon  et Chantal Mouffe accordent au combat de classe qui se mène actuellement entre le capital et le travail : les deux protagonistes ne l’apprécient que secondairement pour ne pas dire presque rien.

Mais est-ce  étonnant ?

C’est donc  sur le fond qu’il faut discuter de l’orientation qu’a choisi Mélenchon et qui dépasse les enjeux de la présidentielle et qui me faisait dire, dans un papier précédent, que la candidat Mélenchon ne vise pas la présidence de la République mais d’asseoir à travers cette élection  un mouvement plébiscitaire comme d’autres l’ont fait avant lui, avec des fortunes diverses, et dans des contextes différents, dont je me garderai bien de l’identifier avec la posture de Mélenchon, un rédempteur, dont le populisme apparait de plus en plus messianique.

Que dit l’article intitulé « Démocratie » page 22 de l’humanité du 31 octobre 2016 ?

Je reprendrai seulement deux passages qui me semblent significatifs : le premier concerne « fédérer le peuple », et je le cite quand il se propose de fédérer le peuple : « une énorme population urbaine interdépendante » ,  l’ère  de l’homo urbanus mis en réseau, une multitude », dont le moteur n’est plus  seulement la lutte de classe, mais une lutte contre « la prédation de la masse humaine » sur son «  écosystème » dont l’existence est désormais menacée.

Sans développer, loin de moi de négliger la lutte à mener sur les conséquences écologiques de ce système qui domine la planète et dont il ne dit mot, mais d’en faire l’alfa et l’oméga, c’est négliger l’importance de la lutte de classe actuelle entre le capital et le travail, et ceci à l’échelon de la planète.

Une telle piste escamotant l’exploitation capitaliste n’est qu’une voie de garage car elle n’attaque pas l’exploitation capitaliste dans ses fondements. Cela mériterait un article de fond des économistes marxistes et notamment à quel point ces multinationales veulent dominer la planète et rendre les états de plus en plus assujettis à la recherche du profit maximal avec des tribunaux acquis à leur cause contre les travailleurs dans le cadre d’un marché libre et non faussé.

Le deuxième passage est aussi éclairant : au débat qu’il a avec la philosophe Chantal Mouffe  autour du populisme, Mélenchon prend ses distances avec ce mot, qui flétrit dit-il, préférant le mouvement et ajoutant « sans bords » que je souligne,  pour fédérer le peuple,  mais il ne récuse pas le mot populisme en reprenant certains bouleversements qui se sont produit en Amérique Latine et en fin de compte il ne nous donne aucune explication sur ce concept « fédérer le peuple » sinon qu’à travers sa personne, ce qui va à l’encontre du marxisme dont il n’est pas un adepte me semble-t’il.

Et, au lieu de parler de bataille idéologique de classe, il parle d’idées, d’affects, de symboles allant jusqu’à l’incarnation du mouvement par une personne comme il le précise.

La boucle est bouclée : Mélenchon est bien en ordre avec lui-même, on ne saurait lui reprocher cette honnêteté politique : le choix qu’il fait tourne autour d’un mouvement qu’il conduit et on est bien dans une sorte de pouvoir personnel que j’ai dénoncé précédemment.

Nous sommes loin alors de l’idée d’une sixième république reposant sur le peuple et d’en finir avec une constitution qui prive  le peuple d’être décideur. Mélenchon s’engage, dit-il, dans un au-delà de la gauche et précise «  je veux rassembler les gens de gauche, mais pas seulement. Plus loin il ajoute,  « je ne pouvais pas dire je veux rassembler la gauche », car je ne veux pas me rassembler avec le PS. »

Au fond, derrière cette incantation antisocialiste, lui qui vient du berceau Mitterrandien et qui ne le renie pas, il est bien sur une posture populiste qui repose sur un sauveur suprême.

Bernard LAMIRAND

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ÉDITION SPÉCIALE ALAIN BADIOU [VIDÉO 1h46] ALAIN BADIOU, PENSER LES MEURTRES DE MASSE Le vendredi 27 novembre 2015

Publié le 27 Mars 2016 par aragon 43 dans Communisme

là est notre adversaire, là est celui qui tire les ficelles
là est notre adversaire, là est celui qui tire les ficelles

Le boomerang est revenu mais pas dans la tête de ceux qui l’avaient lancé. Devant les victimes, devant tout un pays en état de choc, le pouvoir politique répond par la guerre et l’état d’urgence. L’urgence est de mettre en cause ce virage sécuritaire. Lundi 23 novembre, au théâtre de la Commune d’Aubervilliers, sans publicité et devant une salle comble, le philosophe Alain BADIOU donnait une conférence « POUR PENSER LES MEURTRES DE MASSE ».

Le 19 novembre à l’Assemblée nationale, Manuel Valls déclarait : « Le terrorisme frappe la France non pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est ». Malgré le choc – ou à cause du choc – nombreux sont celles et ceux qui cherchent à comprendre. Ce choc pourrait être aussi un réveil après des temps de somnolence résignée. Cette conférence dure près de deux heures. Prenez votre temps. À côté des penseurs à la sauvette et des médias consensuels (et sans suite), nous vous en proposons une version intégrale.

http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/alain-badiou-penser-les-meurtres-de-masse

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CONTRE LA PEUR : UNE VIDEO DU PCF

Publié le 29 Décembre 2015 par aragon 43 dans COMMUNISME

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APRES LES REGIONALES QUE FAIRE ?

Publié le 22 Décembre 2015 par aragon 43 dans communisme

Lutter c'est vivre et c'est changer la société
Lutter c'est vivre et c'est changer la société

COMMENT FAIRE ?

Le résultat des Régionales me laisse abasourdi. Et, comme tous ceux et celles épris de communisme, je livre brut de fonderie ces quelques réflexions qui me viennent quand après la tempête, qui a tout détruit, il s’agit non pas de faire quelques réparations de fortune à la maison mais de lui donner une assise nouvelle pour qu’elle tienne ferme malgré les tornades que déclenche le système capitaliste en crise.

Les résultats des élections régionales montrent à quel point la situation politique est compliquée et le monde du travail n’y trouve plus les points de repères utiles pour se positionner face à un système qui travaille les divisions pour continuer à dominer coute que coute.

La montée l’extrême droite est le produit de ce système.

L’histoire nous montre que dans les périodes où la forme sociétale dominante est mise en difficulté, celle-ci utilise les artefacts pour se maintenir au pouvoir. Il faut donc passer de l’ancien au nouveau et ce nouveau, il faut le dire, a du mal à se frayer un chemin à travers les contradictions objectives d’un système en crise mais aussi des contradictions internes dans ce qui est le nouveau.

C’est le cas du Front de gauche qui n’a pu jusqu’à présent émerger.

Nous sommes à une période où la bataille est intense entre l’ancien qui utilise toutes les facettes de son pouvoir et le nouveau qui peine à trouver le chemin pour dépasser le capitalisme devenu l’ obstacle majeur au progrès de l’humanité.

Le nouveau doit surpasser ses propres contradictions et il ne peut le faire que s’ il créé du neuf et un manifeste qui précise comment y parvenir.

Pour l’instant la classe dominante, celle de l’argent roi, tient la rampe et domine en déconstruisant le social et en laissant un champ de ruines économique, social et sociétal. Marx avait résumé cette situation dans le Capital en observant la suraccumulation et la dévalorisation du capital et ses conséquences sur le prix de la force de travail quand il s’agit pour le capital de relever le taux de profit à tout prix.

Nous sommes en plein dedans.

Une société périmée mais qui compte garder le pouvoir malgré tout et envers l’intérêt général. Elle n’hésite pas à utiliser les ressorts les plus abjects que constitue son armée de réactionnaires. Je veux parler de l’extrême droite, organisation politique ayant vocation de porter secours à la société capitaliste quand celle-ci est en crise structurelle, et chacun peut se rappeler comment elle agit en ces circonstances à travers l’histoire de la droite française

On peut dire aujourd’hui que le bête immonde est à nouveau à l’œuvre pour le capital et la société dominante a lâché ses « mâtins ».

Dans ces moments il faut garder notre sang-froid.

Il s’agit de se poser les bonnes questions.

Par exemple, comment se fait-il que dans une telle crise, le monde du travail s’abstient et pour la partie la plus désespérée se tourne vers l’extrême droite représentée par le Front National ?

Ce monde du travail serait-il devenu sourd au point qu’il en oublierait ses fondamentaux !

Non…. il ne comprend pas cette situation parce que les choses sont devenues incompréhensibles quand les fondamentaux de classe ont été mis plus ou moins sous le boisseau ou tout moins manquant d’une prise en compte de l’évolution des rapports sociaux et de la production.

Ne vit-il pas depuis des décennies une surexploitation et un abaissement considérable de ses droits sociaux sans voir se dégager des perspectives claires pour engager les combats d’aujourd’hui et non ceux d’une nostalgie passéiste.

Ne vit-il pas difficilement et avec colère cette précarité et ce chômage qui le rend de plus en plus vulnérable et malheureux.

Ne vit-il pas des conditions de travail qui l’aliènent profondément et le rendent fragile face à l’individualisme présenté comme la seule porte de salut.

Pourquoi alors ne réagit-il pas à cette surexploitation qui le bafoue et le rend assujetti à l’absolutisme patronal ?

Et en même temps pourquoi il ne s’indigne pas à la hauteur qu’il faudrait face à cette tyrannie de la financiarisation de l’économie et des profits scandaleux des grands groupes capitalistes ?

Voilà des sujets qui méritent réponse et qu’il est possible de se sortir de ce guêpier et de la fatalité ambiante qui règne en ce moment.

Qu’est-ce qui nous empêche donc de passer à l’offensive et de faire vivre cet antagonisme de classe que cache le libéralisme par une habile politique idéologique pour enfermer le peuple dans le déni pendant que lui gouverne tantôt avec des forces de la droite conservatrice, tantôt avec le social libéralisme et avec le recours envisagé à la droite extrême quand toutes les ficelles habituelles ont été utilisées pour garder le pouvoir.

Cette bataille idéologique du capital, il faut appeler la chose par son nom, fait fureur et le monde du travail plie sous les coups.

Il est balloté par la crise qu’il subit de plein fouet, il est déçu d’une gauche, particulièrement du parti socialiste qui s’apprête à sa propre liquidation, il ne trouve plus les bases de classes actualisées pour comprendre la situation et engager des luttes offensives.

Son abstention et un vote de dégoût.

C’est donc ce peuple de gauche qui est à regagner par une intense bataille d’idées

Un peuple de gauche abîmé dont certains veulent une recomposition. Les uns pour s’allier avec la droite pour accepter la domination capitaliste et les autres pour organiser une radicalité dogmatique autour de quelques figures emblématiques dont les discours flambants tournent souvent à l’électoralisme.

C’est ce que nous vivons en ce moment où la surenchère électorale passe au dessus des préoccupations des travailleurs et en ajoutent à leur prise de distance.

Ceux-ci restent alors dans l’expectative ou alors choisissent un vote d’exaspération pour la plupart ( je met de coté ceux qui savent pourquoi ils ont choisi l’extrême droite).

Le vote front national est dangereux en tout état de cause : l’histoire ne se répète pas dit-on ; mais la situation des années 30 et 40 peut se répéter avec d’autres moyens et d’une autre manière.

Le racisme et le xénophobie sont toujours des signes avant coureur d’un mal qui peut s’étendre à des populations chauffées à blanc mettant en cause tout ce qui fait vie associative et fraternisation entre population de différentes origines.

Le rejet du politique, de la solidarité entre citoyens, la suspicion cultivée à travers le sécuritaire, le fait d’éviter soigneusement de s’en prendre à la domination du capital sont travaillés vers les catégories les plus exposées à la crise.

Le score réalisé par le Front national en est la conséquence.

Dans ce score, nul ne peut nier - ce qui n’a pas toujours été le cas - qu’une partie de la classe ouvrière est réceptive à ces perceptions xénophobes et anti-arabes.

Une idéologie aux accents autoritaires où toutes les forces de la droite conservatrice peuvent converger ensemble et déjà les porosités entre le FN et une partie importante de la droite (Sarkoziste) se précise ; de même un regroupement possible autour de la remise en route d’une troisième force Centro-socialiste dont le pays garde le souvenir des guerres coloniales qui ont amenées le retour de De Gaulle et de la Cinquième république.

Une telle situation nécessite une riposte qui soit à la hauteur du danger de l’installation d’une droite conservatrice pétainiste. De même de rendre impossible la naissance d’un regroupement libéral avec les restes d’un parti socialiste avec les centristes et une partie de la droite conservatrice comme le suggère Valls et Sapin et les Bayrou et consorts.

Une grande bataille d’idées est donc nécessaire vers la population et particulièrement chez les travailleurs et le mouvement syndical doit être en première ligne car il sera la première victime d’une telle association capital travail qui se trame à la manière de celle de Vichy * avec la mise au pas syndicale.

Cela nécessite donc le rassemblement autour d’une « gauche vraie » - j’emploie ce mot- pour bien nous distinguer d’une gauche usée par les compromis douteux. Cela oblige à mouiller la chemise et aller à la rencontre de ces hommes et de ces femmes qui souffrent de la politique actuelle.

Nous devons regagné ces électeurs perdus par la gauche, par le parti communiste notamment dans ce que furent ses bastions communistes et je pense à la ville de Calais qui, encore il y a peu de temps, était une ville acquise aux communisme et aujourd’hui 5 % lui font confiance et le front national a approché les 50 % au premier tour.

J’ai dit « mouiller la chemise » : oui, ce sera nécessaire si nous voulons une gauche vraie et un parti communiste à la hauteur de l’enjeu.

Un parti communiste qui doit être le moteur d’une offensive pour faire en sorte de redonner confiance au peuple de gauche, à ceux et celles qui l’ont quitté mais aussi à une jeunesse qui nous manque actuellement pour livrer les combats de demain.

Il s’agit donc de prendre son bâton de pèlerin et de rencontrer ces populations en déshérence.

Je préconise partout des états généraux au plus près, dans les localités et les entreprises, avec les forces vives de progrès et allant à la rencontre des travailleurs et des populations.

Il faut dépasser rapidement notre échec des régionales.

Nous devons être une organisation de classe et de masse agissante.

Les communistes doivent garder leur parti, celui-ci doit être celui qui trace le sillon comme le dit si joliment René Piquet dans un récent article pour aider toutes les forces vives qui veulent une vraie politique de gauche rompant avec les dogmes du libéralisme auxquels la social-démocratie a succombé.

Certains parlent de faire un nouveau parti dépassant l’actuel Front de gauche ce serait une nouvelle erreur, il faut au contraire discerner les formes qui permettent à chacun de se retrouver sur une série d’objectifs clairs permettant à la classe ouvrière d’en saisir toute l’importance.

L’avenir de la « vraie gauche » comme nous pourrions l’appeler passe par une bataille au plus près pour présenter des projets contrecarrant de manière offensive ceux du libéralisme.

Et pour cela il va falloir s’attaquer fondamentalement à la finance et pas simplement pour la stigmatiser mais la vaincre avec le monde du travail point par point et notamment en commençant par tout ce qui est accessible pour le commun des mortels comme on dit.

Bref faire du marxisme au quotidien.

Bernard LAMIRAND

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FABIEN ROUSSEL REGIONALE : NORD PAS DE CALAIS PICARDIE

Publié le 28 Novembre 2015 par aragon 43 dans communisme

Cliquez sur cette phrase pour voir l'émission consacré à Fabien Roussel...

ATTENTION REPRENDRE L'ENSEMBLE A LA FIN DE LA VIDEO PRECEDENTE QUI DONNE LE TOUT

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