SUS AUX TRUSTS AGRO-CHIMIQUE

Publié le 1 Juillet 2013

SUS AUX TRUSTS AGRO-CHIMIQUE

LES SEMAILLES

Quand j’étais jeune, j’avais mon petit bout de jardin à la maison. Mon père me laissait toujours un reliquat de ses paquets de graines qu’il avait grâce « Au jardin des cheminots » et je les semais avec passion.

J’aimais l’odeur de ces graines empaquetées.

Je les regardais ensuite éclore comme quelque chose que j’avais créé moi-même.

Le plaisir suprême était de les voir grandir en plantes de toutes sortes puis d’être récoltées et mêlées aux légumes du jardin pour faire la soupe et plus largement la cuisine.

Je vois encore ces bottes de poireaux, ces carottes, ces salades, ces haricots verts, ces petits pois que mon père ramenait avec fierté mais aussi les céréales, celles du blé, dans le champ que nous avions et qui donnait des graminées magnifiques et mon passe-temps était d’écouter, quand le vent du nord montait, le bruissement des tiges encore vertes puis dorées qui se préparaient à donner le grain de la vie.

Toutes les graines étaient pour moi symbole de vie et de création.

Elles étaient le résultat des hommes qui savaient les conserver pour les prochaines semailles.

Cette façon de faire, nous dit-on, n’aurait plus de raison d’être.

Les forbans de la graine s’occuperaient de nous en fournir moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

les trusts grainetiers sont à l’affût et réclament leur dû. Un dû qu’ils ont volé aux paysans, véritable créateur de ces graines depuis des millénaires. Semences qui font notre joie quand les fleurs éclatent de toutes les couleurs.

Les trusts grainetiers, ceux qui défrayent la chronique comme Monsanto, connu pour ses graines OGM et ses pesticides qui tuent les abeilles, auraient ainsi le droit de frapper -non monnaie- mais graines à leur effigie et de surcroit des graines brevetées auxquelles l’agriculteur serait aliéné à l’achat obligatoire chaque année de ce qu’il a comme besoin en semailles.

Pour parfaire la propriété des graines, les trusts agro-chimiques auraient droit de vie et de mort sur la graine et ils stérilisent la graine pour la rendre impuissante dès qu’elle est récoltée pour empêcher l’agriculteur de la réutiliser et « de frauder » le détrousseur de graines. Ainsi, les paysans dans les pays les plus pauvres n’auraient plus la possibilité de recueillir ces graines et l’enfant que je fus n’aurait jamais pu décortiquer la gousse pour ramasser de ces petits doigts la semence pour une prochaine cueillette. Et j’emprunte à Victor Hugo quelques strophes de son poème « le semeur » : pour dire ma colère :

Je contemple, ému, les haillons

D'un vieillard qui jette à poignées

La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours.

On sent à quel point il doit croire

A la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense,

Va, vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main et recommence;

Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,

L'ombre, où se mêle une rumeur,

Semble élargir jusqu'aux étoiles

Le geste auguste du semeur.

Oui, il n’est pas trop tard pour empêcher les trusts grainetiers de s’emparer de la graine et d’en décider qu’elle fasse partie du marché libre et non faussé auquel les paysans n’auraient plus qu’à se plier.

Bernard LAMIRAND

Rédigé par aragon 43

Publié dans #SOCIETE

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Commenter cet article

Karima 04/07/2013 14:55

Merci pour ce moment de littérature...l'actualité n'a rien de poétique hélas.
Pèse t-on, nous simples citoyens, plus lourd qu'une graine ??....
Karima