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ARAGON43

PCF : Intervention de Nicolas Marchand

18 Septembre 2013 , Rédigé par aragon 43 Publié dans #communisme

PCF : Intervention de Nicolas Marchand

Nicolas MARCHAND

Intervention au Conseil National du PCF – 12 septembre 2013

Il y a beaucoup d'insatisfaction et de déception mais une difficulté à développer les luttes, et à faire grandir le rassemblement pour des choix alternatifs : toute une partie de l'électorat de gauche qui se mobiliserait contre la droite, ne le fait pas ou hésite devant le PS, et il y a une influence des idées, des arguments mis en avant par Hollande, s'ajoutant à toute la pression du Medef et de la droite.

Ça nous met devant deux défis :

  • hausser notre bataille d'idée et de propositions alternatives
  • développer une démarche unitaire ambitieuse et ne pas céder aux tentations ou pressions sectaires

Sur la bataille d'idée

Nous avons besoin de travailler, de préciser sur quels points principaux elle porte, comment on la mène, avec quelle cohérence et continuité.

Il y a une question de continuité.

Si on regarde comment fait le Medef, c'est impressionnant : il tape sans arrêt, depuis longtemps, sur les mêmes clous, il n'arrête pas de se répéter, et il tape : baisse du coût du travail, baisser les impôts, baisser les dépenses publiques.

N'avons nous pas besoin de faire, à notre manière, la même chose ? Mais il faut peut-être préciser sur quels clous, et voir comment, avec quels contenus, on tape dessus, et aussi, parfois, comment accorder mieux nos violons.

Il y a besoin d'une grande bataille durable sur « coût du travail/coût du capital ». Le secteur entreprises a prévu d'organiser avec la commission économique une journée de travail, le 18 octobre.

Il ne suffit pas de prononcer des formules.

Il faut une pédagogie de critiques et de propositions. Il ne s'agit pas seulement seulement de dire « plutôt que baisser le coût du travail, baisser le coût du capital ». Il faut dire comment baisser ce coût : avec la sélectivité du crédit (donc pôle public bancaire, fonds régionaux), des pouvoirs nouveaux des salariés, l'expansion des services publics ...

On ne fait pas rien, mais l'impact persistant de l'idée de baisse du coût du travail doit nous pousser à chercher comment faire mieux, corriger les défauts. Les différences avec nos partenaires sur certaines de nos meilleures propositions ne sont pas une raison pour ne pas les mettre en avant.

Par exemple sur les retraites : on a une proposition qui est une arme de guerre face aux thèses patronales sur les charges sociales et le coût du travail : la modulation des cotisations patronales, proposition qui a aussi le grand intérêt de faire le lien à la sécurisation de l'emploi.

Avec cette proposition, les cotisations patronales deviennent un levier d'incitation au développement de l'emploi, de la formation et des salaires, et non, comme le prétend le Medef, mais aussi comme le croient la majorité des salariés, une charge contre l'emploi.

Il faut en parler et expliquer.

J'ai vu mardi à la manif la série de cartes pétitions : les dessins sont très bien, mais pourquoi avoir zappé dans le texte la proposition de modulation des cotisations ? Pourquoi cet oubli ?

Je trouve ça d'autant plus dommageable, qu'il y a une forte convergence sur cette proposition avec la CGT dont les dirigeants la mettent en avant avec insistance.

Autre remarque sur les retraites : on a raison de dire qu'il y a un enjeu de civilisation : c'est l'enjeu d'une nouvelle période de la vie en bonne santé et d'activités choisies, libre de toute sujétion vis à vis d'un patron ; mais pourquoi alors céder, dans certains tracts par exemple, à l'idée contradictoire que la retraite serait un salaire ?

Sur le rassemblement et la gauche :

il y a eu périodiquement dans l'histoire de la gauche en France, des moments où les choix du PS ont pu inciter à considérer qu'il n'était, définitivement, plus un parti de gauche et que toute perspective d'union avec lui devait être exclue.

C'est vrai de la politique économique et sociale, dans des phases de gouvernements PS, et plus souvent encore sur la politique étrangère (sans remonter avant guerre, je pense aux guerres coloniales, au conflit israelo-palestinien, aux différentes étapes de la construction européenne, etc …). Cela ne nous a pas conduit à la rupture de nos alliances locales.

On est dans une période où cette tentation peut trouver à nouveau des motifs, tant la politique de Hollande est droitière (je dis droitière, pas « pire que la droite » comme on l'entend parfois, parce qu'il faut faire attention à ce qu'on dit ; il suffit de lire ce qui se cherche à droite sur le plan économique et social dans les discours de Fillon ou Copé) ;

Céder à l'idée que le PS = la droite, désormais, est une erreur très grave ; au lieu de donner de la perspective, ça la ferme un peu plus ; ça nourrit le thème FN de l'UMPS, à l'avantage de ce dernier.

Dire que le PS est désormais à droite revient à dire qu'il n'y a pas de changement de cap possible, pas de rassemblement majoritaire à gauche possible, ou renvoyer ça aux calendes.

C'est tout autre chose que critiquer radicalement la politique menée, la combattre dans l'action et au parlement, avec des contre propositions.

La prétention de Mélenchon de prendre la place du PS est une illusion ; les résultats électoraux le confirment. Ses agressions verbales sommaires n'ont aucun résultat positif auprès des électeurs socialistes. Pierre a eu raison de le relever cet été. Ce qu'il faut c'est faire bouger les idées, rassembler sur des propositions, dans le champ de toute la gauche, et pas en visant le débauchage, illusoire, des socialistes.

L'idée de rupture avec le PS, qui a toujours été celle des organisations gauchistes, et au cœur de leur clivage avec les communistes, est explicitement reprise à leur compte par les dirigeants du PG. Elle justifierait le choix d'autonomie systématique dans les villes de plus de 10 000 (ou 20000?) habitants dans lequel ils veulent entraîner le Front de gauche pour les municipales.
Je pense qu'il ne faut pas se laisser impressionner, ni accepter du PG et de J.L.Mélenchon des pressions à la division du parti et du Front de gauche.

Ne perdons pas de vue que malgré notre affaiblissement, et parce que le PCF est toujours une force qui compte, la France, la gauche en France garde des caractéristiques d'exception. C'est ce que regrettait Pascal Lamy, ex-directeur de l'OMC et membre du PS, dans une interview à la revue Challenge (30/08/2013). Le propos est suffisamment significatif pour faire ma conclusion :

A la question « Quel regard portez-vous sur le PS? » Pascal Lamy répond :

« Il est divers. Il comprend une minorité de sociaux-démocrates qui sont en phase avec les sociaux-démocrates dans le reste du monde. Mais le PS comprend aussi une majorité qui demeure sous l'influence de la tradition d'extrême gauche française. La France est une exception. Il n'existe pas d'autre pays où Bad Godesberg [le congrès où le Parti social-démocrate allemand a abandonné toute référence au marxisme. NDLR] n'a pas été fait. »

Ce que regrette Lamy est une chance, même si la situation est complexe et incertaine. Quelle folie ce serait d'aider les forces qui veulent en finir avec l'exception française !

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