PIERRE LAURENT : NATIONALISER FLORANGE

Publié le 30 Novembre 2012

 

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POLITIQUE

VIDEO - Pierre Laurent : "Oui, nationalisons Florange !"

Créé le 30/11/2012 à 08h09

Le secrétaire national du Parti communiste français répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin. Ecouter     Jean-Michel Aphatie | 30/11/2012 - 08h03 écouter Pierre Laurent, secrétaire national du PCF : "Si on laisse faire Mittal, il n’y aura plus de sidérurgie européenne dans quelques années" "Si on négocie un accord avec Mittal, il faut mettre tout sur la table, en particulier les dettes, et on verra ce qu’on lui doit, mais je ne suis pas sûr qu’on lui doive beaucoup d’argent", a-t-il dit au micro de Jean-Michel Aphatie. L'intégrale de l'interview :

Jean-Michel Aphatie : Bonjour Pierre Laurent,

Pierre Laurent : Bonjour, 

Le gouvernement dira demain s'il nationalise ou pas le site sidérurgique de Florange. Vous êtes favorable à cette nationalisation, Pierre Laurent ; pourquoi ?

Oui, si le contrôle public est nécessaire parce que nous avons besoin d'une industrie sidérurgique forte en France et si on laisse faire Mittal, nous n'en aurons plus dans quelques années parce que ce groupe pille tout ce qu'il peut piller, se sert des dividendes confortables, endette le groupe, et puis à un moment donné, va partir alors que nous, n'aurons besoin de continuer à consommer de l'acier et de l'acier, si possible mieux produit qu'aujourd'hui. Mittal n'investit plus depuis des années dans l'outil de production. Donc, il faut mettre de l'argent, il faut avoir une vision durable.

Que dans le site de Florange parce que vous là, vous le décrivez, un Mittal qui est totalement déficient alors il faut nationaliser la totalité de ses activités. C'est 20.000 salariés en France, le groupe Mittal ?
 
Oui, oui, 20.000 salariés  mais écoutez, je crois qu'il faut regarder l'ensemble du périmètre, effectivement
   
D'accord.

   
Parce que la situation est inquiétante. Il y a des sites dans lesquels il investit d'autres moins comme celui de Florange mais il faut penser à la cohérence de la filière.
   
Donc, pas seulement Florange. On l'indemnise ? On ne l'indemnise pas ? Parce que si on l'indemnise, ça va nous coûter cher ?
   
Quand on regarde la dette qu'il a, on peut en parler. Moi je pense que dans le tour de table ...
   
Oui, mais là il s'agit d'acheter un site.
   
L’État devrait mettre autour de la table les banques et on devrait aussi s'occuper de regarder la dette de Mittal et puis aussi, l'argent mis à gauche par Mittal au Luxembourg.
   
Donc, on l'indemnise ou pas ?

Non, je crois qu'il s'est largement servi sur le groupe. Largement. Depuis des années. Depuis des années. Il faut trouver ...
   
... On l'exproprie. On lui dit  ..
   
... Mais peut-être qu'il y a un accord possible. Moi je ne suis pas dans les négociations avec le gouvernement ; il y a peut-être un accord possible ; mais si on négocie un accord avec Mittal, alors il faut tout mettre sur la table. Pas seulement le coût éventuel des actifs mais aussi les dettes, les dividendes, qu'il s'est servi depuis des années. Tout, mettons tous les comptes sur la table.
   
C'est la guerre.

Et l'on verra, et on verra ce qu'on doit ou pas à Mittal. Et je ne suis pas sûr qu'on lui doive beaucoup d'argent.

C'est la guerre avec Mittal ?
   
Écoutez, c'est un fait. Ce groupe, on voit bien. Ils le disent quasiment comme ça d'ailleurs. Ils veulent continuer à faire l'argent qu'ils peuvent faire encore avec les sites sidérurgiques en Europe. Il vient de partir de Belgique, il vient de fermer des hauts fourneaux en Belgique parce que c'est un problème qui n'est pas seulement français. C'est Mittal : en France, en Belgique, au Luxembourg. Si on le laisse faire, il n'y aura plus de sidérurgie européenne dans ce bassin-là dans quelques années.

En même temps, la filière ACIER connaît aussi des problèmes parce que, par exemple, le marché de l'automobile s'écroule en Europe. Il y a peut-être un lien entre les choses ?
   
Mais il n'y a pas que l'automobile qui consomme de l'acier. On va continuer quand même à construire de l'automobile. Mais par exemple, si on voulait investir massivement dans la rénovation du réseau ferroviaire, on a énormément besoin d'acier. Si on veut relancer la construction navale, on a besoin d'acier. On a besoin d'acier partout.

Dans le bâtiment, on a besoin d'acier. Donc, les besoins en acier vont continuer d'exister.
Et il existe un projet dans les cartons d'Arcelor pour produire de l'acier de manière beaucoup plus propre et plus écologique. Mais Mittal a refusé d'investir dans ce procédé. On pourrait le développer.

Comme vous êtes adversaire de la fermeture de l'usine de PSA à Aulnay, il faut nationaliser Aulnay ?
   
Écoutez, là c'est la même chose. Il y a des discussions à avoir avec le groupe. Je vous fais remarquer que PSA, l’État vient de donner sa garantie bancaire ...
 
... Pour la banque de PSA...

...A la banque de PSA parce que la famille Peugeot et les actionnaires avaient mis le groupe dans une situation financière extrêmement difficile, là aussi en continuant à se servir des dividendes confortables.
   
Ma question, c'est : est-ce qu'on nationalise le site d'Aulnay ?
   
Non ; mais ça n'a pas de sens de nationaliser un site
   
Ah ! et Pétroplus ?
   
... Mais il faut ...
    
Ah si ça n'a pas de sens de nationaliser ce site, c'est ce qu'on fait à Florange ?
   
Non, moi je crois que la question qui se pose à Florange est celle, je l'ai dit, de l'ensemble de la filière sidérurgique. Et d'une manière générale, la nationalisation éventuelle de telle ou telle partie est un moyen. Ce qui compte c'est l'objectif qu'on a.
   
On a besoin de filières industrielles fortes. Pour moi, le rôle de l’État doit être de constituer des tours de table durables. Ce n'est pas seulement nationaliser pour nationaliser. Ce qui compte c'est quelle vision on a de la politique industrielle en matière automobile pour les raffineries.
   
Mais est-ce qu'il faut se substituer à ceux qui gèrent ces sites ? Si les salariés de Pétroplus vous entendent ce matin, Pierre Laurent, eux disent : mais pourquoi ne pas nationaliser Pétroplus depuis le temps que cette raffinerie est à l'arrêt ?
   
Il se trouve que des salariés de Pétroplus, j'en ai rencontrés dimanche, j'étais en Seine-Maritime, je les ai rencontrés, j'ai discuté avec eux. Ils sont pour une solution avec un repreneur ; et ils ont des propositions en la matière. Donc, il y a des solutions avec des repreneurs.

Quand dans une filière dont nous avons besoin, tout actionnaire ou tout repreneur fait défaut, eh bien l’État peut prendre ses responsabilités mais pas seulement lui. On doit mettre autour de la table des banques qui souvent jouent un rôle dans ses filières. On doit mettre des groupes qui sont des grands clients de ces filières autour de la table. L’État peut jouer aussi un rôle de stratège, pas seulement un rôle de propriétaire.
   
Oui. Bon. Réponse, demain pour la nationalisation. Nous en reparlerons, Pierre Laurent.

Au Sénat, les parlementaires communistes dont vous êtes, font des misères au gouvernement. Vous empêchez l'adoption de lois importantes que présente le gouvernement au Sénat : programmation budgétaire, budget, budget de la Sécurité Sociale. Le gouvernement est tellement nul que vous ne votez aucun de ces textes importants, c'est ça ?  On peut le dire comme ça ?
   
Non, on ne peut pas le dire comme ça. Quel est le sens de nos votes ?
   
L'abstention qui empêche l'adoption.
   
Le sens de nos votes : nous proposons au gouvernement ...
   
... Une autre politique...

...Une autre politique. Et nous proposons des amendements à son budget parce que nous n'arriverons pas à changer tout le budget. Nous sommes réalistes ; donc nous proposons des amendements. Les amendements que nous avons proposés au sénat sont issus de propositions que nous avons votées ensemble avec les sénateurs socialistes et la majorité sénatoriale de Gauche, il y a un an. Par exemple, rétablir l'ISF dans son intégralité et pas un demi-ISF. Ca rapporterait notre amendement, 900 millions de plus dans les caisses de l'Etat.
   
Donc, ce sont les Socialistes qui ne sont pas fidèles à ce qu'ils disaient avant.

Par exemple, supprimer l'amendement des "pigeons". 750 millions d'euros supplémentaires dans les caisses de l'Etat. Donc moi ce que je ne comprends pas dans ça, dans cette situation, c'est pourquoi le gouvernement ne veut pas reprendre des amendements qui ont été votés par la Majorité sénatoriale de Gauche.
   
Il manque de cohérence ou de suivi dans ses pensées.

   
Oui.

Ça ne rassure pas.

   
Et il manque peut-être un peu de courage face
   
Il n'est pas courageux. Ah, ça ne rassure pas.

C'est pour ça qu'on cherche à l'encourager, qu'on le pousse en avant et on est fidèle en cela à ce que nous disaient beaucoup d'électeurs dans la campagne électorale du printemps dernier.

Jugement de Jean Luc Mélenchon dans Libération : "François Hollande est aussi aveugle que Louis XVI incapable de penser un nouveau monde". Vous partagez ...

   
C'est toujours le sens de la formule de Jean Luc. Il est spécialiste ...
   
Il a raison sur le fond ?


Ah vous savez, les comparaisons ..

... Incapable de penser le nouveau monde ! Incapable de penser le nouveau monde.
   
Il y a quelque chose de vraie dans cette formule, c'est qu'effectivement je pense qu'on est entré dans une nouvelle époque et qu'on ne résoudra pas les problèmes de la crise avec les recettes d'hier. Quand j'entends dans le discours gouvernemental, par exemple sur la compétitivité des discours qui ressemblent un peu trop à ce que j’appellerais d'une certaine manière des dogmes idéologiques et il faut sortir de ça pour inventer une autre manière de produire, d'inventer l'avenir.  Donc, effectivement, il faut savoir penser au nouveau monde.
   
Vous êtes déçu par François Hollande. Vous avez voté pour lui, vous êtes déçu ?

Personnellement, je pense que ce qui se passe était malheureusement prévisible parce que ses contradictions
   
Il fallait le dire avant !

Dans la politique gouvernementale, nous les avions pointées dès le début.
   
Il fallait le dire !Vous êtes déçu ou pas ?
   
Non, déçu, ce n'est pas le mot parce que je pense que ces contradictions-là étaient présentes dans le projet gouvernemental dès le départ.

Rédigé par aragon 43

Publié dans #communisme

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