LES TERRIBLES ENJEUX POLITIQUES DE LA PERIODE

Publié le 24 Novembre 2012

 

 

Intervention de Yves Dimicoli


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La conférence de presse de F. Hollande marque un grave tournant pour beaucoup de ceux qui l'ont désigné à l'élection présidentielle. Il faut bien prendre la mesure du risque de découragement que cela peut engendrer, jusque dans notre propre électorat, ce que n'aide pas forcément à faire, selon moi, la posture consistant à proclamer «  Je vous l'avez bien dit , on ne peut absolument rien faire avec les socialistes ! ».

 

F. Hollande a cherché à mimer Churchill, promettant pour 2013 « du sang, de la sueur et des larmes » pour les travailleurs et leurs familles et que, crise oblige, il ne peut en être autrement. Mais, faites-moi confiance, a-t-il ajouté en substance, je tiens bien la barre, je sais où je vais : si la Nation fait bloc derrière ses entreprises dans la concurrence mondiale, alors en 2014 on rebondira !

 

Son « socialisme de l'offre », commande de se grouper derrière le patronat qui sait, lui, s'occuper de l'offre, alors que les populations, elles, ne  connaissent que la demande. D'où, au nom de la compétitivité, ce basculement choisi contre le coût du travail, qui, certes, « n'est pas tout », nous dit-il, mais qui est « tout sauf rien », et dont la baisse de 6 % va accroître les profits disponibles des entreprises qui, en réalité, iront grossir les flux financiers et spéculatifs .

 

« Je ne monterai aucun groupe contre un autre » a dit aussi F. Hollande, alors que l'idée de lutte des classes regagne sa place dans la vie sociale.

 

Sa grande ambition c'est un « compromis historique » pour faire accepter par les salariés que les patrons  bénéficient du maximum de flexibilité, des licenciements très facilités notamment, moyennant de vagues promesses, sur le papier, de mini-sécurité pour les salariés. Et il martèle qu' il n'y a pas d'alternative à cette voie-là à laquelle il entend intégrer les syndicats en jouant, précisément, du manque d'alternative.

 

Et tout cela avec un pari sur la conjoncture qui revient à dire à l'électorat de gauche : Il faut se résoudre à tirer une croix sur l'année 2013 pour qu'en 2014 ça puisse repartir ! Pourtant, nombre de prévisions anticipent, au mieux, la poursuite d'une croissance très lente et, au pire, une aggravation de la conjoncture.

 

Ce tournant fait écho, bien sur, aux  pressions du MEDEF, de Merkel, de la Commission de Bruxelles, des marchés. Ils exigent d'être rassurés sur la détermination et la capacité du nouvel hôte de l'Élysée, après ses promesses de campagne, à tenir ses troupes et à faire accepter par les Français le long chemin de réformes rétrogrades exigées par les marchés et l'utilisation de l'euro aux normes allemandes.

 

Mais les marchés, quoi qu'il arrive, continuent leurs pressions, comme vient de le signifier l'agence Moody's en retirant son « 3A » à la France, malgré le pacte de compétitivité et le voyage à Berlin de Ayrault pour le présenter à Merkel et au grand patronat allemand.

 

Quelle responsabilité alors pour les communistes et le PCF dans le Front de gauche avec, en perspective, l'année 2013 débouchant, début 2014, sur les élections municipales, puis, deux mois plus tard, sur les élections européennes!

 

Se contenter de dénoncer la capitulation de Hollande, le provincialisme de Ayrault  et suggérer, comme le fait le parti de gauche, que seules importent vraiment les élections européennes revient à faire une croix sur l'année 2013.

 

Mais cela revient aussi à ne préparer les municipales que contre Hollande et le PS et non pour rassembler le plus possible à gauche à partir des besoins populaires afin d'obtenir des inflexions majeurs et construire des bases de résistances unitaires contre la crise et l'austérité sur les territoires, pour la sauvegarde des services publics locaux, avec des programmes de rassemblement et beaucoup d'élus communistes.

 

Cela peut donc revenir, au total, à créer les conditions d'un naufrage en 2014, aux municipales, pour la gauche en général et pour le PCF en particulier dont on ne cesse de répéter qu'il n'existe plus aujourd'hui que par ce qui reste de « communisme municipal ». Une marginalisation municipale du PCF serait-elle alors le prix à payer pour crédibiliser l'hypothèse du « recours » à la politique du pire caressée par certains et censée permettre la prise de pouvoir ensuite par la gauche radicale ?

 

Dangereuse illusion ! Attention donc à la petite musique qui nous dit d'attendre que le château de carte de Hollande s'effondre après une austérité de gauche et nous recommande de ne rien entreprendre pour faire changer de cap, même s'il y a des millions de gens souffrants et inquiets, des dizaines de milliers d'élus de gauche mécontents, des militants socialistes pour l'heure réduits au silence par une direction du PS homogène aux ordres de l’Élysée.

 

Au contraire, il s'agit d'agir tout de suite en campagne  de longue durée sur des propositions rassembleuses. Il s'agit d'agir ensemble sur le terrain, à gauche :

-       Contre les pressions du gouvernement et de la Commission européenne pour l'austérité,

-       Contre la perspective dangereuse de récupération des difficultés par l'extrême-droite et le rapprochement avec elle de la droite,

-       Pour des rapprochements entre socialistes, communistes et gauche radicale.

-       Et cela sur des propositions d'avancées cohérentes, audacieuses, réalistes, articulant objectifs sociaux, moyens financiers et pouvoirs, des propositions exprimant concrètement que d'autres solutions sont possibles, dans le monde tel qu'il est.

Rédigé par aragon 43

Publié dans #communisme

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