LE DUIGOU HUMANITE DIMANCHE: UNE BANQUE PUBLIQUE EN MODELE REDUIT

Publié le 19 Août 2012

Economie : des clés pour comprendre

Une banque publique en modèle réduit
Par Jean-Christophe Le Duigou (1)

Economie : des clés pour comprendreLe sujet pourrait paraître aride en plein mois d'août. Mais la question du financement de l'économie française est cruciale. De ce point de vue, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.
 
Bonne nouvelle, le gouvernement annonce la mise en place très rapide d'une banque publique d'investissement qui pourrait être opérationnelle dès 2013.
 
Mauvaise nouvelle, Bercy s'est empressé d'en dessiner des contours très restrictifs, comme s'il fallait parer toute vision plus ambitieuse. Rien n'est cependant joué. Raison de plus pour revenir sur quelques donnée qui éclairent cette grande question du financement de l'économie non résolue depuis 30 ans. Première constatation, la France ne « vit pas au-dessus de ses moyens » comme tentent de l'accréditer certains experts. Elle dégage un flux d'épargne positif qui s'est élevé l'année dernière à 360 milliards d'euros, soit un peu plus de 18 % du PIB. La France détient même le record devant les principaux pays européens. Seul l'État ne parvient pas avec ses ressources propres à couvrir ses dépenses courantes. Le problème de la France vient de la couverture des investissements, dont le montant global s'élevait à 411 milliards d'euros en 2011, soit un besoin de financement de 51 milliards d'euros qui n'a pu être assuré que par des flux financiers venant du reste du monde.

Mais, seconde constatation, ce déficit extérieur est très faible au regard des actifs financiers que la France a accumulés sur le reste du monde. Fin 2010, la France possédait 5 240 milliards d'actifs financiers à l'étranger. Pour chaque euro de l'épargne des ménages investi dans le pays, près d'un autre euro part vers le reste du monde. Ce flux vers l'extérieur a quasiment doublé en 15 ans ! Une part importante de l'épargne des ménages et des entreprises a donc servi à financer un développement à l'étranger. Le problème de financement de la France ne vient-il pas d'abord de cette véritable hémorragie de l'épargne nationale ?
Troisième constatation, les institutions financières, banques et assurances ne font pas correctement leur travail de financement de l'économie. Malgré une progression du total des crédits alloués à l'économie, le rôle spécifique des banques, qui est de transformer de l'épargne à court terme en des financements de long terme pour l'investissement, a régressé. Le taux d'intermédiation des banques françaises qui mesure cette activité a chuté de plus de 20 points en 15 ans. Il est désormais bien au-dessous de celui de nos partenaires européens. L'évolution est plus brutale encore pour les assureurs. Seule une moitié des placements des assureurs à destination des entreprises bénéficie à l'économie nationale. La Cour des comptes n'hésite pas à les pointer du doigt : « Alors que les assureurs étaient des investisseurs traditionnels en fonds propres des entreprises, ils auraient divisé la part de leurs placements par 5 en 10 ans. »

Dans un tel contexte, le projet de banque publique d'investissement esquissé par Bercy ne serait qu'un cautère sur une jambe de bois. Dotée de 20 milliards d'euros, la BPI pèserait 0,4 % des actifs bancaires actuels. Même si elle emprunte, on voit mal comment la banque publique sera en capacité de résoudre à elle seule l'impasse financière actuelle des PMI et PME. D'autant qu'elle devra intervenir en partenariat avec des acteurs privés. Elle reproduira les limites du Fonds stratégique d'investissement qu'il n'a jamais pu se dégager vraiment des critères financiers classiques. En clair, la BPI ne palliera pas le manque de financements à long terme des entreprises. On peut craindre qu'elle devienne la béquille d'un système financier trop content de lui transférer une bonne partie des risques qu'il ne veut plus assumer.
On ne peut en rester à ce « modèle réduit » de banque publique concocté à Bercy. La création d'un véritable « pôle public bancaire et financier », socle d'une nouvelle politique de financement de l'économie, doit s'imposer dans ce débat essentiel.
(1) Économiste et syndicaliste20
(L'Humanité Dimanche)

Rédigé par aragon 43

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