Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ARAGON43

Mon site relate les événements syndicaux, sociaux, politiques, culturels et environnementaux .

REVENU UNIVERSEL (PIERRE IVORRA HUMANITE)

Publié le 20 Janvier 2017 par aragon 43 in Economie

Ma chronique dans "L'Humanité" de ce mercredi 18 janvier :

Les dessous du revenu universel
La proposition de revenu universel fait décidément couler beaucoup d’encre. Ce n’est pas surprenant qu’elle soit réactivée en ce moment, à l’heure même où certains nous assurent que la nouvelle révolution technologique, la révolution informationnelle, va faire disparaître des millions d’emplois. De quoi s’agit-il exactement ? De verser à tout un chacun un revenu quel que soit son âge, s...on activité, sa situation, sa fortune, indépendamment de tout travail productif. Pour certains de ses promoteurs, ce revenu pourrait se cumuler avec un autre revenu, un salaire notamment et devrait, selon les auteurs, s’élever entre 400 et 700 euros.
Une telle proposition atteste sans aucun doute que la société commence à se poser la question d’un dépassement du salariat. Dans l’après-guerre, elle avait commencé à le faire en instaurant une couverture non marchande de la maladie et de la vieillesse puis du chômage. Mais ces systèmes de protection étaient tout de même en rapport avec une activité salariée. Là, même les étudiants, les chômeurs, les retraités, et pire, les oisifs percevraient ce revenu universel, pour certains en plus de leurs indemnités ou de leur pension. L’objectif serait de maintenir la tête hors de l’eau à ceux qui souffrent de la plus grande pauvreté et aussi de donner la possibilité à tout un chacun de cesser une activité salariée afin, par exemple, de se consacrer au bénévolat. Mais le paradoxe est que pour pouvoir financer un tel niveau de dépenses de plusieurs centaines de milliards d’euros, pour gagner ce « droit à la paresse » cher à Paul Lafargue, il faut bien que certains travaillent.
Ainsi, au-delà des bonnes intentions des uns et des autres, on peut penser qu’une telle proposition n’est au bout du compte que l’expression d’un esprit de résignation. De fait, elle revient à accepter la permanence d’un haut niveau de chômage et de précarité. Ne faut-il pas avoir davantage d’ambition et se donner pour objectif non pas de limiter le chômage ou d’aider à le supporter, mais de l’éradiquer. Cela suppose certes d’assurer un revenu permettant de vivre, garantissant une continuité de ressources, mais aussi, et surtout, d’avoir l’ambition de s’attaquer à la racine même du chômage et, à ce titre, de changer les gestions d’entreprise, de faire reculer la recherche de la rentabilité financière contre l’emploi, les salaires, les conditions de travail. Pour commencer à dépasser vraiment le salariat, il faut intervenir là même où le salarié est exploité, là où la production de richesses peut être réorientée et prendre un nouveau cours plus favorable aux hommes.

Commenter cet article