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ARAGON43

PCF : INTERWIEW DE NICOLAS MARCHAND AU JOURNAL"LA MARSEILLAISE"

10 Mai 2016 , Rédigé par aragon 43 Publié dans #PCF CONGRES

PCF : INTERWIEW DE NICOLAS MARCHAND AU JOURNAL"LA MARSEILLAISE"

Invité à participer à la Fête de l'Avenir, Nicolas Marchand, membre du Conseil national du Parti communiste français, évoque les enjeux du 37e congrès de la formation politique.

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C'est aujourd'hui que Nicolas Marchand animera un débat autour de la question « Quelle alternative politique ? ». Dans le cadre de la Fête de l'Avenir, organisée à La Seyne notamment par les communistes locaux, ce débat devrait permettre au membre du Conseil national du Parti communiste français d'apporter son analyse face à une situation politique chamboulée dans le pays. A quelques mois de l'élection présidentielle, et à quelques jours du congrès du PCF, il commente avec nous le rôle du parti.

Le 37ème congrès du Parti communiste français approche. Quel est votre regard sur les enjeux de ce rendez-vous ?

Ils sont liés à une situation dans laquelle le Parti communiste a un rôle important à jouer. Il y a d'une part une crise du système capitaliste, inédite, historique, durable, qui appelle des transformations profondes, un dépassement progressif du capitalisme, ce qui est notre objectif. Mais c'est une crise qui est aussi le prétexte, au nom de l'absence d'alternative, d'attaques sans précédent contre les droits des salariés, avec une fuite en avant de baisse du coût du travail et des dépenses publiques, et de précarisation de l'emploi. Cela pose le défi de luttes, d'un rassemblement populaire assis sur des objectifs cohérents de transformation.

Des attaques comme celle qu'incarne la loi Travail...

Le mouvement face au projet El Khomri montre que ça bouge. Mais aussi le besoin de perspectives politiques, de rassemblement sur des propositions réalistes et vraiment alternatives. Là dessus, nous avons du grain à moudre, des idées à partager pour essayer de débloquer, dès 2017 si possible, une situation, pour l'instant bouchée.

Il vous est arrivé de soutenir un texte "alternatif". Votre intervention au Conseil national du 15 avril semble indiquer que c'est cette fois le projet du CN qui a votre faveur. Est-ce bien le cas ? Pouvez-vous expliquer cette position ?

Avec d'autres, j'ai opposé, en son temps, à la politique de Robert Hue, l'exigence d'une réorientation novatrice et révolutionnaire du parti, la nécessité de son autonomie pour un rassemblement transformateur. J'ai pris ma part ensuite à la mise en échec par les communistes du projet de création, avec Jean-Luc Mélenchon et d'autres, d'une « nouvelle force politique » dans laquelle le PCF se serait dilué.

Aujourd'hui la situation est différente. Certes l'idée de dépassement du PCF est toujours prônée par certains membres du parti, et était présentée par un texte alternatif. Mais le texte du Conseil national exprime une volonté de relance du PCF, d'action, et d'initiative pour ouvrir une perspective. C'est loin d'être parfait. Mais ça va dans le bon sens. Et c'est une « base de discussion », que les adhérents vont pouvoir améliorer.

Le secrétaire fédéral du Var disait récemment que le communisme était "d'actualité". Est-ce votre sentiment ? En quoi ses valeurs et ses combats s'inscrivent-ils dans la réalité du 21ème siècle ?

Je suis absolument d'accord. La crise porte de graves dangers, fléaux sociaux, guerre économique, guerre tout court. Mais elle porte aussi l'exigence et la possibilité de transformation : avec le niveau de développement des forces productives, un dépassement réussi du capitalisme, vers une nouvelle civilisation est bien plus possible au 21ème siècle qu'il ne l'était au 20ème siècle. Par exemple, les gains de productivité de la révolution numérique peuvent être mis au service de l'éradication du chômage avec, pour chacun, une sécurité de l'emploi et de la formation tout au long de la vie.

Comment le PCF envisage-t-il l'alternative à ce gouvernement qui se dit de gauche ? A quel défi doit-il répondre pour endiguer l'abstention ou le vote FN ?

La politique du gouvernement n'est pas de gauche. Mais la gauche existe : des idées, des valeurs, des luttes, des hommes et des femmes qui s'identifient à différents courants, communistes, socialistes, écologistes, etc. Pas question d'abandonner les socialistes attachés à la gauche à ceux qui les trahissent pour une recomposition politique liquidatrice du PS.

Il faut rassembler, avec les luttes, sur des axes de propositions dont le contenu contribue à casser l'idée qu'il n'y a pas d'alternative au libéralisme. C'est aussi comme ça, dans l'action, avec des propositions de progrès social rassembleuses qu'on pourra remobiliser l'électorat de gauche et contrer le FN.

Il y a des points clés : la sécurisation de l'emploi et l'augmentation des salaires, pensions et minima sociaux ; une politique bancaire, monétaire et fiscale pour que l'argent serve l'Humain d'abord et lutter contre l'évasion fiscale ; des pouvoirs citoyens pour démocratiser la République et les entreprises ; des mesures pour une alternative de gauche en Europe.

Ce débat ne doit pas rester en petit comité, au sommet ; il faut en faire l'affaire des citoyens. C'est ce que nous cherchons à faire avec la consultation « Que demande le peuple », qui permet à chaque personne qui le souhaite de dire ce qu'elle veut, ce qu'est une politique de gauche. Il s'agit de donner des bases de gauche claires au processus de choix d'une candidature commune.

Vous avez évoqué une candidature communiste à l'élection présidentielle. Le Front de gauche a-t-il vécu ? Qu'en est-il concernant Jean-Luc Mélenchon ?

Je souhaite qu'on aboutisse à une candidature de rassemblement : c'est le seul moyen de susciter un mouvement propre à bousculer les scénarios catastrophes actuels. Le cadre à construire est plus large que celui du Front de gauche, qui a atteint des limites. Quant à Jean-Luc Mélenchon, sa pratique du fait accompli est inacceptable, et surtout il est engagé dans une dérive populiste et nationaliste qui ne le qualifie pas pour porter les idées alternatives de gauche. C'est pourquoi, aussi, je pense que le Parti communiste doit être prêt, s'il le faut, à présenter un candidat.

Propos recueillis par Romain Alcaraz

Publié dans Politique

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