Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ARAGON43

L'ENTERRMENT D'UN PNEU

2 Mai 2015 , Rédigé par aragon 43 Publié dans #humour

L'ENTERRMENT D'UN PNEU

billet du dimanche de Bernard......

ENTERREMENT D’UN PNEU

Un pneu peut servir longtemps, il peut être rechapé, il peut brûler lors d’une occupation d’usine. Enfin, il peut aussi finir ses jours dans une décharge et passer des centaines d’années pour périr.

Il peut aussi avoir des funérailles à la mesure des routes qu’il a emprunté pour laisser une trace sur l’asphalte.

Un pneu peut avoir une histoire : la façon dont il a été inventé, qui l’a conçu et ce à quoi il a servi pendant sa vie de pneu, sur les chemins et les routes boueuses du capitalisme.

Il était une fois un inventeur qui eut l’idée de permettre aux vélocipèdes de rouler avec autre chose que la roue à bois et celui-ci inventa la roue avec un tube creux de caoutchouc, mais cela ne satisfaisait pas les coureurs et au premier Tour de France naissait le vrai pneu gonflé d’air, démontable, qui ensuite allait se développer pour l’ensemble des moyens de transports terrestres sur nos routes particulièrement.

Le pneu fit alors du chemin et roula carrosse à partir du caoutchouc obtenu avec du latex provenant des hévéas indochinois et d’ailleurs. Le pneu que nous appellerons « Gergovien », parce qu’il est né en ce lieu, fit alors de ses pieds et de ses mains pour qu’une grande quantité soit produite, notamment en Indochine : notre concepteur avait là-bas une main d’œuvre presque gratuite. Les coolies se rebellèrent contre l’exploitation auquel se livrait le pneu Gergovien. Il prit ensuite de l’ampleur quand l’industrie de l’automobile se développa puis plus tard quand la pétrochimie prit le relais pour des pneus synthétiques.

Le « pneu gergovien » devint tellement pansu et puissant qu’il engrangea les piastres à la mesure de son appétit et de la dureté de l’exploitation des hommes et des femmes.

Un parfum d’exploitation et de surexploitation affleurait quand les pneus de Gergovie crissaient sur les routes.

Il n’était pas encore au sommet de sa gloire quand la peur s'empara de lui quand les moujiks ont pris le pouvoir dans les terres de l’Est.

En 1936, il eut des sueurs froides face au Front populaire et la peur au ventre que « les salopards en casquette » rééditent le coup du Palais d’hiver.

Alors il s’enveloppa d’une cagoule.

La deuxième guerre mondiale survint, certains disent qu’il s’est tenu à carreau selon l’expression : pour un pneu, c’est difficile de se tenir à carreau.... Il le fit tout en produisant pour l’Allemagne et en remplissant son escarcelle. Il n’eut pas à subir la nationalisation de ses pneus pour collaboration avec l’ennemi, car, dit-on, il s’en démarqua.

« Le pneu gergovien » se transforma peu à peu après la guerre : il n’aimait toujours pas les coolies d'Indochine mais il n’aimait pas non plus les syndicalistes de la Gergovie et surtout il aimait dire tout le mal qu’il pensait des communistes, qu’il ne portait pas dans son cœur en caoutchouc. La notion d’acquis lui donnait souvent des perforations difficiles à réparer et les rustines n’y suffisaient pas.

Il devint plus tard pneu planétaire en essaimant loin de son territoire et il festoya de profits éparpillant les fabrications là où le pneu pouvait rapporter le plus.

Puis, un beau jour de 2002, il organisa une sortie de route pour rejoindre - le plus tard possible - le pneu géniteur de la miséricorde, espérant que ses crissements envers les coolies et les travailleurs de Gergovie seront bénis par le grand « pneudedieu » qui régit l’univers et dont il était un dévot.

Mais en même temps Il fit encore d’autres méchancetés, il liquida des emplois en masse, 7500 d’un seul coup en Gergovie et ailleurs en France, et Jospin, alors premier ministre d'un gouvernement pluriel, sorti la célèbre formule : « l’Etat ne peut pas tout » ou plutôt « le pneu ne peut pas tout » : ce qui lui couta cher puisque sa pauvre deux chevaux Citroën se retrouva déchaussée de tous ses pneus un soir d’élection en 2002.

Mais pour le pneu de Gergovie, le principal était le coffre fort à remplir pour les actionnaires qui chaque jour attendaient ses « pneumatiques » annonçant de bons dividendes.

A Gergovie, où il vient de rendre l’âme, le pneu usé par la longue route du paternalisme autoritaire sera regretté par ses condisciples dont on dit qu’ils viendront en nombre saluer sa mémoire pneumatique : ils pleureront comme les hévéas pleuraient le latex perdu à chaque ponction.

Mardi aura lieu l’enterrement « du pneu de Gergovie », le président de la République française ira, dit-on, saluer le dernier vestige du paternalisme français.

Pas de problèmes pour Hollande, ses pneus ont éclatés dès le lendemain de son élection de 2012 sous l’autel de la transmutation de pneus cloutés réactionnaires et de ceux « du tout terrain pour le capital » pour démonter les acquis sociaux.

Bernard LAMIRAND

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article