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ARAGON43

Mon site relate les événements syndicaux, sociaux, politiques, culturels et environnementaux .

UN DEPLACEMENT PARMI LES USAGERS

Publié le 25 Juin 2014 par aragon 43 in syndicalisme

UN DEPLACEMENT PARMI LES USAGERS

Mardi, je me suis déplacé à Paris ,et au retour, je suis revenu par le train en direction de Creil.

Je ne m'attarderai pas sur l'attente, encore que j'y viens quand même ….

En effet, il y avait foule sur les quais vers les 16 heures, moment où les travailleurs rentrent du travail, et beaucoup d'entre eux je les côtoie assez régulièrement, ont des journée très longues prenant souvent le train aux premières lueurs du jour.

C'était toujours la grève en Picardie et les trains étaient annoncés, pour ceux disponibles, avec retard et parfois annulés à la dernière minute.

Je me suis étonné, aucune exaspération verbale de leur part, sauf une femme déchainée qui gueulait contre les cheminots avec les mots que nous connaissons et que les journaux télévisuels ont pu récupérer tout au long de la grève pour faire passer les messages anti-grève contre les cheminots .

Une grande fatigue se liait sur des visages de personnes usés par le travail et les conditions de vie où ils font souvent 12 heures avec le trajet aller retour Creil Paris.

Pas d'exaspération non plus quand le train s'est rempli à une vitesse fulgurante et où la bataille des places assises se terminait par un « sitting » dans les allées dans les plus mauvaises conditions notamment l’exiguïté des lieux et la chaleur d'été.

Ce monde du travail comprenait-il cette grève pour le devenir de la SNCF et surtout celui du service public ?

A l'arrivée à Creil, après 2 heures 30 d'attente et de trajet, la descente du train fut à nouveau une ruée vers les bus de l'agglomération pour rentrer le plus vite possible à la maison. Certainement que d'autres tâches attendaient et notamment récupérer les mômes, faire le souper et peut-être pour certains se précipiter vers leur télé pour voir la coupe de monde de Foot-ball.

C'est la vie.

Dans le bus où j'étais, c'était la bousculade, toujours pour les places assises, je me suis trouvé à l'arrière du bus et débout, enserré, et manquant d'étouffer, et je ne vous dis pas le mal de dos que je me suis payé par la suite.

Bon, passons...

A la sortie, je rencontre une dame que j'ai l'habitude de voir et qui habite mon quartier.

Elle travaille dans le privé, elle n'est pas hostile à la CGT, loin de là, elle me dit quand même son agacement, « 14 jours j'en peux plus » en s'essuyant le front.

J'engage la discussion avec elle, je fais remarqué que cette lutte est pour le devenir de la SNCF face au privé et donc des usagers qui en souffriront par rapport à la menace d'une remise en cause de ce service public.

Elle a du mal à saisir cela comme d'une actualité pressante. Elle comprend, mais elle considère que les cheminots ont surtout tendance à défendre leurs privilèges et elle m'indique qu'en ce qui la concerne, elle est loin d'avoir les avantages des cheminots, qu'elle travaille dur chaque jour et dans une entreprise petite où il n'y a pas de syndicat pour les défendre car le patron a vite fait de régler la situation.

Elle me ressort toute la panoplie de la propagande considérant que les cheminots ont la belle vie, qu'ils bénéficient de voyages pour eux et leurs familles et elle connait des cheminots qui se vantent que les voyages gratuits vont jusque jusqu’aux pères et grands pères, beau père et belle mère neveu et nièce ( voir mon article la dessus).

Nous continuons à débattre, je lui montre que le monde du travail a obtenu non pas des avantages mais des droits aussi bien dans le secteur public que dans le privé et qu'il s'agit de les défendre notamment à travers les Comités d'entreprise créés par Croizat, ministre communiste du travail à la libération..

Par exemple les droits aux vacances existent aussi bien dans les entreprises du privé que du public bénéficier de ces droits n'est pas simplement le fait des cheminots ou encore des salariés d'Edf.

Elle tangue... Elle m'explique que son mari était délégué, qu'il est toujours syndiqué, mais qu'il

en a eu marre de faire grève et de ne pas être suivi par ses collègues.

Elle me dit,encore : « vous savez, ce qui en bénéficie ce n'est pas la classe moyenne, ce sont ceux qui ne travaillent pas et bénéficient de tout, des allocations, de tickets pour voyager gratuitement, de secours au mairie et nous on a rien et parfois ils gagnent plus que nous ».

Là, je devine d'où vient son malaise , du mal que peut faire ceux qui insufflent le poison de la division, le patronat, et ceux qui sont chargés de le distiller, le Front national. Et aussi ce gouvernement dit de gauche qui joue aux briseurs de grève.

Alors, je repart à la charge, je lui expose la situation politique et pourquoi on en est là et je lui dis : « Madame, je vous ai écouté attentivement, mais à aucun moment vous ne vous êtes élevé contre ceux qui en profitent vraiment et qui réduisent nos salaires, précarisent les emplois et les conditions de travail pour faire des profits mirifiques, qui fraudent et placent le fric dans les paradis fiscaux.

Vous auriez pu me parler des milliards mis sur la table pour acheter telle ou telle entreprise ou encore ces dépenses énormes de la droite pour les élections etc.

Au bout de la discussion, cette salariée me dit : « oui vous avez peut-être raison, mais moi je ne suis pas en mesure de comprendre tout cela à la place où je suis ».

Elle me dit encore : « cette grève, je ne l'ai pas saisi comme vous, mais je comprends que les cheminots se défendent mais ils exagèrent dans les grèves ils pourraient organiser leurs actions autrement.

La dessus, nous nous quittons et nous nous saluons.

Quelle conclusion je tire de cette rencontre ?

Que nous avons un immense travail à faire pour expliquer les choses et faire face à la démagogie, et surtout au contenu de classe de la bataille idéologique en cours que mène le capital contre les services publics.

Ce que j'ai retenu aussi, c'est que cette salariée, tout compte fait, ne rejettait pas la grève mais qu'elle n'en saisissait pas l'objet et surtout la hauteur du combat très élevé des cheminots puisqu'il ne s'arrêtait pas qu'à la défense de leurs droits sociaux mais à l'ensemble du service public des transports.

Cela doit nous poser la question du comment aider les populations concernés par les services publics à être eux aussi dans la lutte.

En 1995, les usagers ont été avec les cheminots en lutte d'un grand soutien et d'une sympathie évidente ; l'on voit que depuis ce temps, l'idéologie dominante a tiré la leçon de ce qui fut un échec pour elle car celle-ci n'était pas arrivé à diviser grèvistes des services publics et usagers.

Nous savons que les menaces qui pèsent sur les services publics sont là et qu'elles se précisent et que défendre ces services ne peut-être la seule action de ceux qui y travaillent mais bien de toute la population.

La Fédération des cheminots par exemple ne peut être la seule dépositaire de cette lutte et qu'il importe de coordonner l'ensemble, et là, le rôle de la Confédération est essentielle pour organiser la bataille et la gagner par les usagers et bien sûr les salariés concernés.

La révélation ce matin dans l'Humanité d'un traité négocié en secret nous montre que les attaques sont en cours et que les services publics devraient faire place à la boulimie des grandes multinationales qui veulent récupérer tous les biens communs.

Oui, nous allons avoir besoin d'unir les salariés face au traité transatlantique et des lobbys des multinationales prêtes à tout pour détruire la vie ensemble et solidaire.

Bernard LAMIRAND

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