POUR LE II NOVEMBRE : LEO FERRE

Publié le 11 Novembre 2013

La guerre et ce qui s'en suivit ( poème de Louis ARAGON )

Les ombres se mêlaient et battaient la semelle

Un convoi se formait en gare à Verberie

Les plates formes se chargeaient d'artillerie

On hissait les chevaux les sacs et les gamelles

Il y avait un lieutenant roux et frisé

Qui criait sans arrêt dans la nuit des ordures

On s'énerve toujours quand la manœuvre dure

Et qu'au dessus de vous éclatent les fusées

On part Dieu sait pour où Ca tient du mauvais rêve

On glissera le long de la ligne de feu

Quelque part ça commence à n'être plus du jeu

Les bonshommes là-bas attendent la relève

Le train va s'en aller noir en direction

Du sud en traversant les campagnes désertes

Avec ses wagons de dormeurs la bouche ouverte

Et les songes épais des respirations

Il tournera pour éviter la capitale

Au matin pâle On le mettra sur une voie

De garage Un convoi qui donne de la voix

Passe avec ses toits peints et ses croix d'hôpital

Et nous vers l'est à nouveau qui roulons Voyez

La cargaison de chair que notre marche entraîne

vers le fade parfum qu'exhalent les gangrènes

Au long pourrissement des entonnoirs noyés

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles

Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu

Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus

Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux

Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre

Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire

Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

Roule au loin roule train des dernières lueurs

Les soldats assoupis que ta danse secoue

Laissent pencher leur front et fléchissent le cou

Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées

Fiancés de la terre et promis des douleurs

La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs

Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour

Arrêt brusque et quelqu'un crie Au jus là-dedans

vous bâillez Vous avez une bouche et des dents

Et le caporal chante Au pont de Minaucourt

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit

Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places

Déjà le souvenir de vos amours s'efface

Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

Rédigé par aragon 43

Publié dans #poêmes

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