PIERRE LAURENT : DES RAISONS D'ESPERER

Publié le 28 Novembre 2013

PIERRE LAURENT : DES RAISONS D'ESPERER

DES RAISONS D’ESPERER

Je reviens vers mon blog après quelques semaines d’infidélité, à nouveau emporté par le rythme effréné qui me laisse trop peu le temps d’écrire. Manque aussi parfois le temps de choisir parmi les nombreux sujets à commenter, les rencontres à raconter. Et pourtant, que le temps du partage est nécessaire pour s’extraire du pilonnage adverse ! Et pour dévoiler sans relâche le visage de la France qu’on nous cache, celui des mille et une énergies combattantes qui, dans la tempête de la crise actuelle, ne perdent pas de vue les valeurs de justice et d’égalité. Car, en ces mois de dures batailles, où il n’est nul besoin d’insister sur la difficulté de la tâche, les semaines écoulées ont aussi apporté de solides raisons d’espérer. Et c’est sur elles que je veux aujourd’hui mettre l’accent.
Il y a d’abord la Bretagne qui explose. Certes aux premiers jours, elle explose dans la confusion d’une colère savamment instrumentalisée par un patronat qui tente de détourner les regards de ses propres responsabilités. Les bonnets rouges sentent l’usurpation. L’écotaxe sert alors de défouloir, esquivant le débat sur les licenciements dans l’agro-alimentaire, la misère paysanne et l’épuisement d’un modèle agro-industriel à bout de souffle. Les patrons cherchent à fédérer derrière le rejet de l’impôt et de l’Etat parisien. Mais les manifestations syndicales du 23 novembre viennent de remettre les pendules à l’heure en rejetant les tentatives de récupération populistes et poujadistes. L’heure est bel et bien aux combats pour l’emploi et le juste développement humain, celui qui ne sépare plus social, industrie et écologie.
Moment paradoxal, où l’explosion de colère bretonne aura en quelque sorte sonné le réveil de mobilisations syndicales unitaires, auxquelles la CGT travaille toujours d’arrache-pied. La tâche reste immense. Désarçonnés par un gouvernement qui leur a tourné le dos, les salariés ont du mal à faire le tri des responsabilités tant le mal-être est profond et le matraquage idéologique puissant. Mais le pays ne manque pas de syndicalistes pleins de courage. Je l’avais ressenti avec force le 5 novembre dernier à Roanne où quinze milles d’entre eux étaient rassemblés en soutien aux « Cinq de Roanne », toujours poursuivis pour refus de fichage ADN. En faisant le tour des stands sous une pluie glaciale, l’un d’un participants m’avait dit droit dans les yeux : « Pierre, ce qu’il nous faut ce sont des signes d’encouragements, les convictions on les a, et sur le terrain on y est ». Une manière de me dire sans détour que notre responsabilité politique était de maintenir ouvert le chemin de l’espoir.
Je crois qu’ils sont en effet très nombreux dans le pays à ne pas accepter de voir l’espoir couler avec le naufrage de la politique gouvernementale. Une anecdote significative mais loin d’être isolée lors de mes récentes rencontres : en sortant du meeting de lancement de la campagne municipale des communistes parisiens, nous allons boire un pot avec quelques camarades. Assis à la table voisine, un jeune qui m’a reconnu m’interpelle. Jeune apprenti comédien du cours Florent, il avait rejoint le PS pour faire gagner Hollande. Aujourd’hui écœuré, il me dit tout l’espoir qu’il place aujourd’hui en nous. Ils sont des millions comme lui, qui cherchent en ce moment où est la voie de gauche pour sortir de la crise actuelle et échapper au piège d’un échec programmé. La politique n’a pas dit son dernier mot. A nous de politiser la colère et la recherche d’espoir, autrement dit de leur donner un sens et un chemin concret et solide sur lequel avancer.

Une réforme fiscale qui sent l’embrouille
Jean Marc Ayrault vient ainsi d’annoncer la nécessaire « remise à plat du système fiscal ». Quel aveu d’échec 18 mois après sa nomination, 18 mois après avoir raté l’occasion de l’entreprendre au premier jour de son gouvernement, et pire encore d’avoir choisi avec François Hollande la ratification du Pacte d’austérité budgétaire européen. Aujourd’hui, tout doit remettre remis sur le métier. La politique choisie est dans l’impasse. Le Premier Ministre consulte. Nos présidents de groupe au parlement André Chassaigne et Eliane Assassi, reçus le 2 décembre, porteront nos propositions. Mais la méthode sent l’embrouille, comme pour l’ANI ou les retraites. On consulte, mais dans la coulisse on écrit les conclusions avant l’heure. Ainsi de la fusion impôt sur le revenu-CSG et du prélèvement à la source, c’est-à-dire sur la feuille de paie. On n’avait pas compris que c’était là les grandes revendications fiscales du pays… En vérité derrière ce prétendu « choc de simplification » pour reprendre une expression chère au Medef quand il s’agit de dégraisser les garanties collectives, se niche un dangereux projet : effacer la distinction entre l’impôt et le financement de la protection par les cotisations sociales. Avec quel objectif ? Poursuivre et accélérer le transfert des cotisations sociales patronales sur l’impôt des salariés. C’est toute la Sécu qui est dans le collimateur. Rappelons-nous l’exigence du nouveau président du Medef, Pierre Gattaz : 100 milliards d’allégements de charges supplémentaires ! Quand on sait que la totalité des cotisations sociales patronales s’élèvent à 158 milliards d’euro, on voit combien le coup porté serait mortel.

Des Etats généraux de la justice fiscale
Nous disons banco pour une grande réforme de justice fiscale, mais pour cela, il faut d’autres objectifs et une tout autre méthode.
Les objectifs ? Un, reconstruire la justice fiscale avec un impôt sur le revenu réellement progressif et non comme aujourd’hui un système qui « optimise » les exonérations pour les plus hauts revenus ; et fait rentrer quatre fois plus d’argent avec les impôts sur la consommation, TVA et compagnie pour plus de 150 milliards d’euros, qu’avec l’impôt sur les sociétés, à peine 36,5 milliards d’euros. Et deux, reconstruire la taxation du capital, qui coûte de plus en plus cher au pays et pour lequel la fiscalité est devenu un véritable gruyère plein de trous. 50 à 60 milliards d’euros d’évasion fiscale ; 200 milliards d’exonérations fiscales et sociales ; 299 milliards de dividendes, d’intérêts bancaires et financiers quand seulement 197 milliards vont à l’investissement matériel des entreprises. Quand je vous dis que le problème du pays c’est le coût du capital et non le coût du travail, les chiffres parlent d’eux- mêmes.
La méthode ? Nous venons d’en proposer une avec nos parlementaires : des ateliers législatifs dans tout le pays pour discuter la future loi fiscale et l’organisation à la fin du printemps prochain, avec tous ceux qui le souhaiteront, d’Etats généraux pour écrire cette grande loi de justice fiscale appelée par le pays. Je suis certain que nous pouvons construire quelque chose de très grand. Voilà une belle ambition pour prolonger le combat engagé avec la marche du 1er décembre à l’appel du Front de gauche. Des journalistes me demandent à quoi va servir cette marche. Mais elle a déjà montré son utilité en imposant le débat fiscal sur le terrain de la justice et non sur le thème poujadiste du refus de l’impôt. Et bien sûr, elle n’est pour nous qu’un tremplin pour continuer plus fort.

Je parlais en débutant de raisons d’espérer. Il me faut absolument dire un mot de l’Assemblée annuelle des animateurs de la Jeunesse communiste à laquelle j’ai participé le 10 novembre. La JC est en plein développement et compte des militants dans maintenant 80 départements et 40 universités. La charte d’engagement pour des droits nouveaux que ses délégués ont adoptée en vue des élections municipales mérite d’être connue de tous les candidats à ces élections. Il y a là une mine de propositions concrètes, qui illustre l’enracinement de terrain de cette belle organisation, à coup sûr l’une des toutes premières organisations politiques de jeunesse de notre pays.

La valeur du Front de gauche reste sa démarche unitaire
Un mot encore sur le Front de gauche. Le retour dans l’action sur la fiscalité avec le 1er décembre et avec les Etats généraux pour la justice fiscale que nous proposons fait du bien à tout le monde. Oui, c’est dans l’action qu’il faut avancer et si nécessaire débattre. Mais sans jamais oublier l’essentiel : construire l’avenir d’une alternative qui va devenir de plus en plus nécessaire. Une nouvelle composante du Front de gauche, Ensemble, se structure. Je suis allé saluer sa naissance le 23 novembre au nom des communistes. Le Front de gauche débat et bouge en avançant, c’est la réalité de cette construction vivante. Et c’est tant mieux, car le Front de gauche n’a d’avenir qu’en accueillant de nouvelles différences, qu’en cultivant sa diversité, ce qui n’a rien à voir avec l’incohérence évidemment dommageable. Mais la valeur du Front de gauche reste sa démarche unitaire autour de principes essentiels d’alternative politique à vocation majoritaire. Chacun aimerait ainsi que le débat s’en tienne toujours au terrain politique, car il existe bel et bien, celui des idées et non des invectives quand un sujet de différence émerge. C’est ce que je souhaite et je m’y tiens. Des camarades s’émeuvent auprès de moi d’attaques personnelles (il est vrai que la prose lue sur certains réseaux sociaux ne volent pas toujours très haut, et c’est un euphémisme) et s’étonnent que je n’y réponde pas plus vertement. Ils se sentent eux-mêmes mis en cause à travers ma fonction de secrétaire national. Je comprends leur réaction, tellement cela est devenu étranger à la culture du libre débat qui est désormais la règle entre communistes. Le débat n’est pas chez nous source de division ou de clivage. Il forge nos décisions communes, et notre unité nationale autour des décisions prises démocratiquement par nos adhérents. J’admire le sérieux, la sérénité et la passion qui nous animent tous. Et je remercie toutes celles et ceux qui, très nombreux, me témoignent leur soutien et leur amitié, en souhaitant que nous ne perdions pas le fil du combat. Les communistes savent de la même manière mon soutien partout en France, dans le respect de leurs décisions, et je ne manquerai pas de venir leur manifester durant les campagnes municipale et européenne. Après Saint Denis le 15 novembre où nous avons lancé en fanfare la belle campagne conduite par le maire Didier Paillard et Rouen à la fête de l’Humanité Normandie aux côtés de Sébastien Jumel maire de Dieppe et Nathalie Nail candidate au Havre, rendez-vous à tous sur le terrain, à commencer par Marseille le 28 novembre, Montreuil le lendemain pour un meeting autour de Patrice Bessac, la fête de l’Humanité en Bretagne le 30 novembre et le 1er décembre pour marcher sur Bercy.

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Rédigé par aragon 43

Publié dans #communisme

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